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mercredi 25 mai 2016

Lire à petits pas


Je ne résiste pas au plaisir de faire un point sur les acquisitions de mes petits lecteurs-scripteurs... L'apprentissage de la lecture me semble si rapide, et elle est pourtant tellement progressive !! 😊 


Antonin a franchi le palier dont je vous parlais récemment, et est à présent très fier d'explorer les digrammes "inutiles" de la langue française ! 😄

Avant de le laisser encoder une nouvelle série, je lui présente le son du jour, et nous passons toutes les cartes en revue : nous nous mettons d'accord sur le mot à écrire ("autobus" et non "bus" ou "car", "mauve" et non "violet", etc.), puis je formule toutes les difficultés orthographiques des mots en question. Par exemple, sur cette série en "au", j'énumère les mots qui comportent un "e" muet à la fin et celui qui n'en comporte pas, et j'attire l'attention d'Antonin sur le fait que le deuxième [o] dans "autobus" s'écrive d'un simple "o". Par la suite, je l'encourage à prendre lui-même en charge cette phase de "débroussaillage" orthographique, dans la mesure de ses possibilités. 


Puis Antonin écrit tous les mots, en s'auto-corrigeant après chacun.

"Tadam !!", s'exclame fièrement Louiselle en me désignant le mot qu'elle vient d'écrire. 😊

Quant à la Damoiselle, elle poursuit la série rose avec beaucoup d'enthousiasme.


Certaines lettres en cursive (le "v", le "s", le "d"et le "r", notamment) ne sont pas encore assimilées. Puisque parallèlement la Damoiselle a très envie d'utiliser l'alphabet mobile et qu'elle en est capable, nous nous appuyons sur L'extraordinaire abécédaire de Balthazar, qui présente sur la même page la lettre capitale - qu'elle connait bien - et la lettre cursive.


Et bien sûr, après chaque encodage, on vérifie grâce au modèle. La Damoiselle déchiffre consciencieusement le mot sur l'étiquette : après l'analyse (écriture), la synthèse (lecture) !


Louiselle m'impressionne par son endurance : encoder 6 mots plutôt longs ne lui pose aucun problème. Pour autant, la Damoiselle n'a pas changé, et son esprit (un peu moins son corps, mais cela dépend des jours...) vagabonde librement pendant l'activité. Parfois, je crois lire dans cette attitude une fatigue, un désir de changer d'activité, mais non : Louiselle veut aller jusqu'au bout. Mais en empruntant autant de détours qu'elle le souhaite. 😉

Le "é" et le "i" sont particulièrement appréciés parce qu'il faut les "fabriquer" !! 😄

A suivre ! 😉

dimanche 17 avril 2016

Semaine symphonie : 15/16

Introduction (cadenza)

La maison n'a pas désempli de toute la semaine - j'adore recevoir ou voyager la première semaine des vacances et me "poser" la seconde, j'ai l'impression que les vacances durent plus longtemps ainsi !

Voici la symphonie de notre semaine - en sept parties à l'instar des sept jours de la semaine, n'en déplaise à l'école viennoise... 😉

1er mouvement : le palais idéal du facteur Cheval (sentito)


Si vous passez dans la Drôme, ne ratez pas ce chef d’œuvre de l'architecture naïve, curieusement assez méconnu malgré son influence directe sur des "grands" tels que Friedensreich Hundertwasser ou Niki de Saint Phalle... Monument d'obstination, témoignant dans chacun de ses plis pierreux de l'humilité mêlée d'orgueil de l'artiste du terroir, ce palais est un rêve à ciel ouvert...

Et une fois de plus, je suis impressionnée par la concentration et l'intérêt de mes enfants face à l'Art. Après avoir tout exploré au pas de course, tout observé avec minutie, tout décrit avec enthousiasme, tout questionné, tout écouté lors de la visite au musée, ils témoignent dans leurs remarques de leur compréhension profonde de l’œuvre. Ainsi, Antonin, alors que nous quittons les lieux :

"Moi aussi, maintenant, j'ai envie de rêver à tout ça !"
😊

2e mouvement : Tourte printanière (delicato)


Dans la catégorie des recettes "épate belle-mère" 😉, voici une simple tourte aux fruits rouges : la croûte du dessus est remplacée par des motifs printaniers découpés à l'emporte-pièce... par les enfants bien sûr ! Le petit effet est garanti auprès des convives, et c'est une jolie activité de vie pratique pour les petits...

3e mouvement : Le nez au sol (et les doigts sales) (ad libitum)

Louiselle en ville...

Quand Louiselle ne s'occupe pas de ses animaux en peluche, elle se passionne pour les petites bêtes de la Nature. Les insectes la fascinent littéralement - et parmi eux, les gendarmes, peut-être parce que les petits pyrrhocores, très abondants par ici, se laissent attraper assez mollement. Malgré les soins pressants qu'elle leur prodigue (et, il faut bien l'admettre, sans doute bien souvent à cause d'eux...), les bestioles ont une certaine tendance à passer de vie à trépas. Qu'à cela ne tienne, la Damoiselle promène tendrement leurs petits cadavres, en les brandissant sous le nez des passants :

"Tu as vu mon gendarme mort ??"
:-/

... et Louiselle à la campagne.

4e mouvement : Escapade lyonnaise (a due)


Cette semaine, mon homme et moi avons profité de pouvoir faire garder les enfants pour nous offrir une escapade en amoureux - pas loin, pas longtemps, mais suffisamment pour être dépaysés. Je suis si peu habituée à vivre quelques minutes sans enfant que la moindre coupure a un effet littéralement grisant. Mais cela ne dure guère, et après m'avoir distraite quelques heures, la vacuité de la grande ville m’oppresse. Son message omniprésent et hypocrite ("Amusez-vous, ne vous souciez de rien, tout est sous contrôle !") parvient à m'angoisser assez vite... et je suis bien contente de retrouver ma campagne.

Et mes enfants. 😉

5e mouvement : Eckolo, de Remember (coloratura)


Dénichés au LaM de Villeneuve d'Ascq (Lillois, ne ratez pas l'expo Modigliani !!), voici deux jeux d'art qui ont été offerts aux enfants par notre famille nordiste.

Le premier, offert officiellement à Antonin, lui a rappelé ses Triominos chéris. Le jeu peut se jouer en équipe de manière similaire, mais nous le préférons comme exercice de patience : penchés sur les pièces, nous essayons de construire la plus grande mosaïque possible en suivant l'inspiration du moment...

Un gros coup de cœur !


6e mouvement : Formes, chez Mango Jeunesse (con espressione)

En manteau dans la maison, et alors ? 😉

Le deuxième cadeau, destiné plus spécifiquement à Louiselle mais qui plait également beaucoup à son frère, est signé Virginia Arraga de Malherbe et se veut une invitation à créer en 3D. J'aime décidément beaucoup cette  manière de faire de la géométrie concrète en liant art et mathématiques. Les pièces sont hélas un peu fragiles et je ne sais combien de temps les vaisseaux spatiaux alambiqués qu'elles permettent orneront notre salon... En attendant, c'est un vrai succès - et un sans faute pour Tante Isabelle, merci à elle ! 😊

7e mouvement : Dessins (a piacere)


Un soleil souriant, des fleurs posées au même niveau, dotées d'un cœur circulaire, de pétales réguliers et de feuilles en quinconce ? Une herbe drue en bas, et une pluie, non moins drue, en haut de la feuille ? Un arc-en-ciel digne de Grimms - et doté des "bonnes" couleurs, s'il-vous plait ?

Pas de doute. Le Damoiseau, pourtant amoureux farouche de représentations abstraites, entre dans le schématisme. M'en voilà toute chose.

Quant aux travaux de la Damoiselle, ils sont à couper le souffle, en ce moment !

Le travail sérieux et serré de graphie ("pré-écriture") se mêle à un vrai souci de symétrie et d'occupation de l'espace. Ajoutez à cela que les dessins de Louiselle racontent toujours une histoire et qu'elle a toujours beaucoup à en dire ("pré-symbolisme") : ici par exemple, il est question d'une tempête sur tablette, qui déborde de l'écran à un certain moment. Et de deux soleils qui sont amoureux l'un de l'autre. Oh, my. Je suis fan. 😊



Bonne semaine chez vous ! 😊

dimanche 13 mars 2016

Notre semaine en dix photos (10/16)


Vite, vite, je commence par le plus important : n'hésitez surtout pas à tester cette recette de gâteau magique à la vanille, car oui : il est magique. Et simplissime. Je l'avais épinglé il y a quelques semaines, et c'est sûr : cette recette restera dans mon tableau "Bec sucré" pour toujours !! 😄

Ceci étant dit, bonjour ! J'espère que tout va bien chez vous ! ;-)

Voici les petites nouvelles de la semaine...


J'ai proposé à Antonin - très prudemment - d'écrire ses premiers mots en cursive. J'ai choisi les jours de la semaine (c'est cette fiche-là) parce qu'il les connait par cœur : il sait les réciter (à l'endroit et à l'envers...) depuis un an environ, et les lit quotidiennement sur nos calendriers. Il commence à s'intéresser à leur étymologie (en lien avec sa passion naissante pour l'astronomie). 

On ne donne pas ce genre d’exercice en autonomie : il faut vérifier que l'enfant respecte le sens du tracé, qui peut être perturbé lorsqu'il s'agit de lier les lettres. Car écrire "en attaché" suppose certes, d'attacher... mais aussi de savoir lever son crayon à certains endroits très précis ! 😉

Pour Antonin, je n'ai nulle inquiétude à avoir : j'ai constaté cette semaine que le sens du tracé était très bien respecté. Même quand il s'agit d'attacher un "n" à un "d" ou un "s" à un "a". On va pouvoir passer à la suite... Rendez-vous la semaine prochaine ! 😄



A propos de graphie, le Damoiseau a encore la tentation d'écrire certains chiffres en miroir... Il s'entraîne donc en prenant appui sur ses chiffres rugueux... Avec un modèle sensoriel, on voit tout de suite la différence ! 😉



Enfin, j'ai décidé d'initier Antonin à l'écriture des symboles "plus petit que" et "plus grand que" (le "égal" étant déjà connu). Puisqu'il maitrise parfaitement ces notions abstraitement, je me suis dit qu'il ingurgiterait très aisément ces outils dans une situation concrète et que ce serait chose faite. Ce qui est fait n'est plus à faire ! Avec deux bâtonnets et un matériel numérique (ici, ces bonnes vieilles barrettes de perles Montessori), il est facile de montrer matériellement que l'angle est du côté du "plus petit".

Mon objectif était simplement qu'Antonin mémorise les symboles et leurs signification : au cours de ses manipulations, j'insistais donc bien pour qu'il produise à chaque fois une phrase complète : "5 est plus petit que 9", "10 est plus grand que 3", "4 est égal à 4", etc.


Pour Louiselle, l'apprentissage de la lecture se poursuit très tranquillement. J'insiste toujours beaucoup sur les petits jeux phonologiques - pour moi, ce sont des exercices à poursuivre même après l'entrée en lecture. Ce qui est pratique, c'est que mes deux enfants peuvent à présent réaliser les mêmes exercices !! Sur la photo ci-dessus, prise sur le vif, vous voyez  la Damoiselle exécuter une danse de la joie après avoir réalisé (les doigts dans le nez) un exercice de phonologie destiné... à son frère. Il s'agissait de classer des objets et des images contenant le son [ʃ], [ɑ̃] ou [ɛ̃]. Ces sons pouvait être à l'attaque (= en début de mot), à la rime, ou au milieu-début, au milieu-fin ou au milieu-milieu...

Les doigts dans le nez, vous dis-je. 😉

Ce type d'exercice correspond à la dernière difficulté des jeux d'analyse des sons, qu'on pourrait présenter ainsi :

- Palier 1  : On tient un seul objet dans ses doigts (disons, une clef...) et on lance : "Mon petit œil voit un objet dont le nom commence par le son [k]...". Il ne faut pas hésiter à commencer ce type d'exercice dès que l'enfant sait parler, soit dès deux ans pour certains ! Il s'agit à ce stade plus de jeu de vocabulaire que de phonologie proprement dite, mais il exerce l'enfant à écouter les sons de la langue. J'ai parlais ICI pour Antonin et ICI pour Louiselle.

- Palier 2 : On choisit cette fois 2, puis 3 objets qui commence par des sons distinct : "Mon petit œil voit un objet dont le nom commence par le son [b]..." L'enfant doit cette fois discriminer : c'est "bateau", et non "chaussure" !

- Palier 3 : On choisit deux objets dont le nom commence par le même son ("train" et "taureau", par exemple), et on donne cette fois le son final à l'enfant, qui doit retrouver l'objet correspondant.

- Palier 4 : On demande à l'enfant de désigner un objet dont le nom contient un son quelconque, au début, à la fin, ou à l'intérieur du mot.

Notez que certains enfants sont plus sensibles aux rimes qu'aux sons initiaux, il faudra donc intervertir les paliers 1 et 2, bien sûr ! 😉 


Louiselle continue d'explorer la série rose... La longueur des mots ne lui pose aucun problème, elle aime piocher des cartes aux difficultés variées. Je joue alors sur le nombre de mots (point trop n'en faut, c'est un exercice encore fatiguant pour la Damoiselle !) mais il est parfois difficile de lui faire entendre raison : la Damoiselle aime quand il y en a PLEIN. 😉


Les pédagogies que j'affectionne ont ceci en commun qu'elles accordent une grande importance à la couleur. Pour le jeune enfant, les couleurs sont plus qu'une information sur les objets du monde ; elles sont une entrée DANS le monde. 😉 

J'essaie de proposer régulièrement des activités chromatiques... Mais depuis que je n'achète plus de matériel Montessori, je ruse. Voici aujourd'hui une alternative à la "3e boite de couleur" que connaissent tous les férus de Pinterest. Il s'agit de récupérer des nuanciers en double dans un magasin de bricolage (ici, c'est un Bricorama, et c'est gratuit). Le premier nuancier sert de référent, le deuxième est découpé : chaque rectangle de couleur est collé sur une pince à linge. L'enfant "met en paire" en accrochant chaque nuance à celle qui lui correspond exactement. 

C'est une très bonne activité pour affiner la perception des couelurs... et muscler les doigts en vue de l'écriture ! Parfait pour ma Damoiselle... mais qui n'est pas sans interpeller son frère... Vous ai-je déjà dit que j'aimais que mes enfants s'intéressent aux même plateaux ??
😊

Pour mémoire, la 3 boite de couleur Montessori se compose de 9 dégradés : couleurs primaires, couleurs secondaires, marron, rose, et une progression allant du blanc au noir en passant par gris. 


Jeudi, au programme, c'était : "printemps". C'est un jour sur deux, ou presque, depuis décembre, donc on a pris l'habitude d'en profiter. La veille, j'avais glissé notre sac d'explorateur dans le coffre de la voiture, ainsi qu'un petit goûter, les bottes des enfants, leurs anoraks, des chaussettes de rechange, et une mystérieuse boite en plastique. Objectif : tester notre épuisette dans le bassin tout proche, dès la sortie de l'école. Je passe prendre les enfants chez la nounou, nous garons rapidement la voiture, et sans même rentrer chez nous, partons en balade. J'avais dit aux enfants : "Vous verrez, on attrapera des cailloux, des petites algues...". Je n'osais LES évoquer, car je n'étais pas du tout certaine, au vu du froid du début de la semaine, qu'ILS aient quitté leur retraite hivernale...

ILS étaient là ! ILS ont entamé leur phase aquatique !! 😄

C'est sans appel : c'est le printemps. Ce sont les tritons qui l'ont dit ! 😉 

 
Les petits fichiers Kumon de collage (celui-là et celui-ci) ont absorbé les enfants de longs moments cette semaine. J'ai découvert cette marque de fichiers grâce à une lectrice aux bons plans (Clairette, si tu me lis), et si je suis loin de les avoir tous testés, j'avoue que je les aime beaucoup : hyper progressif et ludiques, les enfants adorent, et ils sont une vraie source d'inspiration pour préparer ma classe cette année. Seul hic : les fichiers de graphisme portant sur l'écriture des nombres (celui-là par exemple) ne peuvent être proposés tels quels à l'enfant mais doivent être retravaillés en amont par l'adulte - la faute à cette fichue graphie du 1, du 4 et du 7, qui diffère dans nos deux cultures... :-(

Dernier tuyau les concernant : Cerina (une autre lectrice aux bons plans) conseille de les acheter en espagnol sur Amazon, ils sont moins cher que leurs équivalents anglais ! Mais sachez que le délai de livraison peut être aussi plus long... Je précise enfin qu'il importe peu que vous maitrisiez ou non la langue du fichier : les exercices parlent d'eux-même... et s'adressent d'ailleurs à des enfants non lecteurs ! 😉 


L'activité artistique de ce samedi, ce fut la peinture de masques de chats offert par Papa. C'est agréable de passer le pinceau sur ces volumes ondulants... surtout quand c'est en vue de confectionner ses propres déguisements... Antonin a crée sa propre palette avec beaucoup de conscience. Les coloris obtenus par Louiselle sont le résultat de mélanges plus aléatoires, mais le résultat est tout aussi subtil, non ?

Et pour aujourd'hui, dimanche : piscine, resto, spectacle de marionnettes et goûter chez des amis ! Nous sommes rentrés épuisés mais ravis, regrettant simplement que demain soit déjà lundi... 😉 

Bonne semaine chez vous ! 😊 

mercredi 9 mars 2016

Courrier des lecteurs : "Par où commencer ?"

Dédié à Gwladys, Stéphanie, Fabienne, AnnieF... et les autres, si je les oublie ! 😊

Septembre 2012

Rien de nouveau sous le soleil (ou devrais-je dire "sous la neige", qui tombe sans discontinuer depuis plusieurs jours). Je suis toujours débordée par les mails que je reçois, et je ne parviens pas du tout à y répondre...

Tout ce que je réussi à faire (parfois), c'est recouper les questions récurrentes et à écrire un article de temps en temps pour les traiter. Nous sommes loin de la réponse personnalisée que vous espériez, je m'en doute, mais... Comment dire ? Je suis Maman, moi aussi, et je travaille à plein temps, j'ai des cours à préparer, une maison à tenir ainsi que quelques obligations sociales,  je gère plusieurs blogs, j'écris pour l'édition... So... J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop, mais je n'ai pas le temps de répondre à chacun... :-(

Pour me faire pardonner, je propose que nous réfléchissions ensemble aujourd'hui sur une question qui m'est souvent adressée : "Par où commencer ?". Je me permets de reprendre le mail de G. reçu il y a 15 jours et qui exprime très bien le problème :

"J'ai découvert la pédagogie Montessori, puis, de fil en aiguille toutes les autres pédagogies alternatives. Sauf que je bloque. Je n'en pratique aucune parce que je me sens perdue, noyée par trop d'informations. Par quoi et comment commencer ? J'aimerai tellement accompagner mon fils de 15 mois dans son apprentissage, et appliquer un peu ce que j'ai lu !"

Mon premier sentiment en lisant ce type de message, c'est que cette Maman se dévalorise certainement. L'entrée en pédagogie active n'est pas progressive, c'est un saut : soit on est dehors, soit on est dedans. Et se poser ce type de question, c'est être dedans, sans aucune doute ! 😄

En pédagogie active, les activités proposées (leur nature, leur fréquence...) sont secondaires. C'est ce qui fait toute la différence avec la pédagogie traditionnelle, qui considère l'enfant comme un vase à remplir, et qui centre du coup sa réflexion sur ses fameuses activités au lieu de se centrer sur l'enfant.

Pratiquer les pédagogies alternatives, c'est adopter une posture en tant qu'adulte, qui tente de s'articuler sur le PLUS GRAND principe éducatif de tous les temps - celui qu'il faudrait retenir si on ne devait en retenir qu'un seul :

L'enfant apprend en faisant, 
et non pas simplement en restant assis et en écoutant.

Nous l'avons tous constaté : nous pouvons répéter à longueur de journée : "Ne touche pas au chauffage, cela va te brûler !", rien n'y fait. Notre bambin continue de tourner autour, l'air tenté. Que se passe-t-il si d'aventure il le touche ? Il se brûle. Et n'y touchera jamais plus. Il pointera le radiateur du doigt en s'exclamant avec autorité : "Non ! Chaud !". Il a tout appris en une seule expérience là où nos mises en garde incessantes ont échouées. Si vous êtes en train de virer "perroquet", observez-vous quelques heures : vos paroles n'enseignent rien à votre enfant. Une des raisons est que vos mots n'évoquent aucune expérience à votre tout-petit. "Qu'est-ce que se brûler ? Quel rapport cela a-t-il avec cet objet rutilant ? Pourquoi Maman prend-elle cet air catastrophé pour prononcer ces mots bizarres ???"

Par où commencer ?

A vrai dire, si le paragraphe ci-dessus correspond à un de vos constat, vous avez déjà commencé. 😉

Pratiquer, c'est : 1. Se questionner. 2. Observer. 3. (Inter)Agir.

Pratiquer, c'est aussi se tromper, et accepter de ne pas être parfait en tant qu'éducateur.

Par où commencer ? Je vous propose aujourd'hui quelques exercices pratiques, simplissimes et progressifs. Réalisez-les, l'un après l'autre, et vous serez entré de plain pied dans la pratique des pédagogies alternatives ! Et sans doute vous apercevrez-vous du même coup que vous faites tout cela depuis longtemps... 😉

(Petit message pour F. : ces exercices sont réalisables dans un cadre scolaire, mais porteront sur l'observation de petits groupes d'enfants - cinq élèves, pas plus, idéalement !)
Exercice 1 : Observez votre enfant pendant qu'il joue avec l'eau (dans son bain, par exemple). Dans un cadre scolaire, placez cinq cuvettes sur le sol, dans les sanitaires de l'école. Remplissez chacune d'eau et de quelques récipients. Les enfants manipulent librement, accroupis, avec la consigne de rester chacun au dessus de sa cuvette - l'activité individuelle favorise la concentration.

Observez, c'est-à-dire posez-vous ces questions : "Quels sont les savoirs qu'il ou elle est en train de construire ? A quoi vont-ils lui servir ?". Votre enfant dans son bain tient précautionneusement un petit récipient sous le robinet qui coule ? Il est en train de faire l'expérience du débordement ! A chaque fois qu'il versera dans son récipient un volume d'eau supérieur à sa capacité, ça débordera. C'est une règle physico-mathématique primordiale.

Quand un enfant joue avec l'eau, il construit un savoir sur l'eau. Il sent que ça mouille. Il voit sa transparence, il entend le bruit des clapotis, il sent la résistance de sa surface lorsqu'il la frappe. Il constate qu'elle coule. Qu'elle peut être chaude ou froide. Qu'elle remplit certains contenants et filtre à travers d'autres.

Contrairement à une idée reçue (héritée de la technicité montessorienne, certes extrêmement efficace, mais qui s'exerce dans un cadre spécifique), il ne faut surtout pas hésiter à interagir avec son enfant ! C'est même absolument primordial pour son développement affectif et intellectuel.

La seule règle à respecter, c'est de ne pas briser sa concentration. Observez : votre enfant est "immergé" dans son geste, ses yeux sont rivés à ses mains, sa bouche est entrouverte : il "s'oublie" dans l'activité, il EST l'activité. Lui parler à ce moment serait dommage, vous l'en extrairiez. Mais observez encore : vient le moment où l'enfant se tourne vers vous, il rencontre votre regard. Mieux, il le cherche : l'enfant A BESOIN d'être observé, et peut-être a-t-il besoin, à cet instant, de s'assurer que vous le faites. Vous échangez un sourire, un geste, une mimique, peut-être une observation.

C'est comme une respiration : il y a des temps d'inspiration, où l'enfant est centré sur soi. Son geste le remplit, l'absorbe. Et puis il y a l'expiration : c'est comme un réveil. L'enfant revient à la réalité et éprouve le besoin de connecter son expérience avec son monde. C'est une étape absolument nécessaire pour que ce qu'il vient d'expérimenter fasse sens.

C'est le moment pour vous d'agir : verbalisez l'expérience vécue. Encore une fois, un seul principe à retenir : dé-cri-vez. Ne cherchez pas à expliquer, mais questionnez plutôt. "Tu remplis le bol ? Oui, ça déborde. Comment tu fais cela ?". Vous lui fournissez alors le concept correspondant à son expérience. "Ah, déborder. Cela s'appelle déborder". Votre enfant a peut-être entendu ce mot des centaines de fois auparavant, mais s'il n'était pas connecté à une expérience (rappelez-vous l'exemple du chauffage), il n'aura pas pu l'intégrer.

Avril 2013


Exercice 2 : Observez votre enfant pendant qu'il joue avec le sable. En milieu scolaire, cette activité peut être aménagée de manière similaire à précédemment (un petit bac par enfant avec quelques accessoires simples). Quand les enfants font leur travail (ce que nous appelons "jouer"), ils construisent des savoirs sur le monde. Ils expérimentent la manière dont les objets se comportent. Ils découvrent la manière dont ils peuvent s'en servir.

Voilà que votre enfant remplit le tamis de sable sec. La matière passe à travers, et vous percevez une surprise dans son regard, dans ses gestes... Il se tourne alors vers vous avec un regard interrogateur. Sentant qu'à ce moment-là vous n'affectez plus sa concentration, vous communiquez brièvement : "Tiens. Que se passe-t-il quand tu remplis le tamis de sable sec ? On recommence ? Oh, ça coule, ça coule !".

You got it. 😉

Un petit pas de plus : Rien ne vous empêche de jouer aux côtés de votre enfant. Au contraire ! Ces temps d'action partagée sont certainement ce qui nourrit le plus profondément votre relation.

Comment faire ? Le plus simple est d'agir aux côtés de l'enfant. Respectez son espace vital : ne lui prenez rien des mains, surtout !, mais tendez-lui volontiers vos outils s'il le désire. Le mieux est de disposer des accessoires en double, et d'imiter l'enfant. Il prend le sable à pleine main ? Faites de même. Il tape avec la pelle sur son seau pour l'enfoncer dans la matière ? Vous aussi, sur le vôtre. L'imitation est un mode de communication à part entière pour les jeunes enfants. En tant qu'adulte, nous l'avons oublié, d'une part parce que nous disposons d'autres canaux, d'autre part parce que notre société blâme l'imitation ("Il fait pareil, il copie ! Alors, c'est qu'il n'a pas de personnalité !")... bien à tort, évidemment.

Septembre 2014

Exercice 3 : Observez votre enfant pendant qu'il joue avec ses cubes. En classe, on a tout intérêt à aménager un espace "cubes" permanent.

La première fois que l'enfant tente d'empiler quelques éléments, tout s'écroule. C'est une autre règle physique. D'ailleurs, toutes les tours de cubes s’effondrent, à un moment ou à un autre. C'est dans leur essence. Mais on peut essayer de monter la tour la plus haute possible. Quelles sont les stratégies de votre enfant ? Observez, décrivez au moment opportun. Pensez-vous que votre enfant aurait pu construire abstraitement le fait que les cubes tombent, s'il n'avait jamais manipulé de cubes ? Regardez-le : il teste cette règle, encore et encore - et au passage, il s'amuse, bien sûr : c'est excitant tous ces bruits et ces mouvements lorsque l'édifice bascule ! On rigole bien. Les moments de concentration alternent naturellement avec les moments de communication. Verbalisez : "Les cubes tombent ! Encore !!". Imitez en construisant une tour similaire. Avez-vous remarqué comme le fait d'imiter les gestes de votre enfant rend votre observation plus profonde - et vice-versa ? 😉

Un petit pas de plus : c'est un tout petit peu plus délicat, mais vous pouvez décider, en jouant aux côté de votre enfant, de déborder du cadre de la simple imitation. Vous pouvez décider de jouer pour vous-même aux côtés de votre enfant. Que savez-VOUS faire avec des cubes ? Éprouvez pour vous même le plaisir du jeu : c'est encore la manière la plus efficace d'envoyer à votre enfant un message positif sur l'activité et de nourrir, une fois de plus, votre relation. Sans vouloir foncer tête baissée dans les clichés, les Papas sont généralement très forts pour ça : là où les Mamans, pétrifiées d'admiration face aux travaux de leurs enfants, se contentent d'admirer, les Papas se mettent à 4 pattes sur le tapis et jouent avec les cubes, les Playmags, des Mécanos ou le train électrique. Avez-vous remarqué l'effet de telles séances sur votre enfant ? "Bénéfique" est un mot trop faible, n'est-ce pas ? 😉

On me dit : "Mais j'ai peur que mon enfant m'imite ! Moi je veux qu'il trouve sa voie, pas qu'il fasse comme moi !". Rassurez-vous : pour pouvoir "faire pareil", il faut en être capable. Si vous construisez un palais baroque avec les cubes de votre bambin, il ne va pas chercher à vous imiter, cela ne va certainement même pas l'intéresser (sauf au moment de tout casser !), et pour cause : il ne peut l'intégrer dans aucun de ses savoir-faire à lui. Aucune crainte à avoir, donc.

Mais il peut être intéressant - et c'est là que l'exercice se révèle un peu délicat, et présuppose que vous soyez entraîné à observer - de réaliser une construction que votre enfant ne peut peut-être pas encore réaliser seul, mais dans laquelle il peut s'investir s'il est dans la collaboration. C'est ce que Vygotsky (un de mes pédagogues chouchou) appelle "la zone proximale de développement". On fait alors non plus exactement la même chose que l'enfant, mais ce qui correspond au palier suivant. Par exemple, si votre enfant aligne ses cubes à plat bord à bord, vous observez qu'il est capable de soulever ses cubes et de les positionner avec précision. Tous les prérequis pour construire une tour sont donc là, mais visiblement, votre enfant n'y songe pas. Rien ne vous empêche de le faire, vous. Si votre enfant est prêt à intégrer ce nouveau savoir, votre proposition l'interpellera. Vous enrichissez (très légèrement !) le savoir-faire de votre enfant en vous appuyant sur ce qu'il sait déjà. Et si cela vous parait compliqué à lire comme ça, je vous assure que cela vient vite !

Juin 2015

Vous êtes à présent convaincus que votre enfant apprend par l'expérience concrète et le jeu, et cela n'est pas seulement une expérience livresque : vous l'avez observé et vécu. Voici à présent quelques idées simples pour déployer ce principe dans votre vie de tous les jours :

- Variez le matériel proposé. A la maison, instaurez une rotation des jouets et inscrivez-vous à une ludothèque de secteur. A l'école, il peut être bénéfique que toutes les classes mettent leur matériel en commun, et que chaque enseignant pioche dans cette réserve à chaque période.

- Remisez ce qui n’intéresse pas les enfants. N'hésitez pas à revendre ou à donner!

- Proposez une grande quantité de "camelote" (appelez-la "loose parts" si vous craignez de ne pas être pris au sérieux 😊). Assurez-vous toujours que les objets proposés ne présente aucun danger pour les enfants.

- Proposez peinture, papiers, colle, scotch, feutres, ciseaux, eau et autre matériaux "ouverts" (l'anglais dit joliment "open-ended", "illimités" !) en quantité. Prenez l'habitude de regarder le monde autrement, avec cette question en tête : avec quoi mes enfants/mes élèves aimeraient-ils travailler ?

- Acceptez le désordre. L'exploration n'est pas propre sur soi.

- Enrôlez les enfants dans le rangement et le ménage après l'activité. N'oubliez pas qu'ils apprennent en faisant ! Ranger et nettoyer sont d'excellentes occasions de trier, classifier, se concentrer, résoudre des problèmes, etc. L'activité pédagogique, c'est comme le yoga : la manière dont y rentre et celle dont on en sort compte autant que l'exercice lui-même. Les enfants aiment aider - bon, ça marche mieux à l'école qu'à la maison, ceci dit. Dotez cette activité de sens : ranger n'est pas une corvée, ce n'est pas une fin en soi, mais c'est une manière de préparer l'ambiance à ce qui va arriver après.

- Laissez les enfants jouer !! 😊

Prenez le temps d'intégrer ces principes à votre vie de famille : cela peut prendre plusieurs mois, le temps que vous trouviez votre organisation. Ensuite seulement, posez-vous la question des activités que vous souhaitez proposer... Vous pourrez alors lire cet article-là qui aborde ce point précis, mais à mon avis, à ce stade de votre cheminement, vous constaterez que cette question n'est plus un problème, et que vous savez faire. Et que vous savez que vous savez. 😉

J'espère de tout cœur que le présent article répondra à vos interrogations...

Dans le cas contraire, merci de me relancer dans les commentaires, plutôt que par mail... Mais vous l'aviez compris ! 😄

Les grains de sel de tous sont, comme d'habitude, très attendus ! 😊

mercredi 2 décembre 2015

Montessori chez nous : novembre 2015


Décembre est là, et tout sent bon Noël. La colle, les paillettes, les ciseaux, les rouleaux de masking tape et les pompons sont de sortie, et les enfants les manipulent à cœur joie. Une fois de plus, c'est le processus qui prime et, en toute honnêteté, je doute de la viabilité de la plupart des "cadeaux" réalisés à l'aide de ces frêles matériaux. Mais le cœur y est, oh combien !! :-D

Pour moi, j'ai un retard monstre dans mes paperasseries de classe - et une inspection dans une semaine, vive la joie ! J'expliquerai à mon supérieur hiérarchique que l'essentiel n'est pas là, et bien sûr, il comprendra ! ;-)

Vite, avant d'être définitivement noyée dans le papier crêpon, l'encre de Chine et les paillettes dorées, voici la petite récap' du mois qui s'achève...

- Antonin s'est initié aux soustractions via l'application "premières opérations Montessori".


Au bout d'un mois d'utilisation, j'ai à présent une critique de taille à adresser à cette application : après la découverte des additions, et celles des soustractions... il manque quelque chose. Aucun exercice ne propose à l'enfant d'effectuer les deux opérations de front - tantôt l'une, tantôt l'autre. C'est fortement dommageable, car c'est une étape essentielle. L'important n'est finalement pas de SAVOIR FAIRE une addition ou une soustraction - même s'il s'agit d'une étape méthodologique nécessaire - mais de savoir IDENTIFIER la situation mathématique : "Quelle opération mentale dois-je faire ici, et que signifie concrètement cette situation ?" Seul un exercice mixant les deux procédés mentaux (l'enfant se voit proposer tantôt une addition, tantôt une soustraction, de manière aléatoire) peut permettre de muscler le sens des opérations l'une par rapport à l'autre.

Bon, je vais m'adresser aux conceptrices de l'application, peut-être pourront-elles ajouter un palier intermédiaire ?! :-)


- En attendant, j'ai conçu au début du mois une petite invitation sur les additions, que vous connaissez déjà si vous me suivez sur Instagram. J'ai imprimé ce quadrillage-ci, et j'ai découpé chaque feuillet en trois, de manière à obtenir des bandes de cinq carreaux de large. Antonin écrit un chiffre ou un signe par case, en ligne - nous sommes ici dans les compléments à 10, avec de petites quantités ne dépassant pas la dizaine une fois additionnées.


Ajoutez à cela : un crayon à papier et une gomme (ah, apprendre à gommer, le privilège suprême de l'apprenti scripteur !!), et la collection des chiffres rugueux pour se remettre le tracé dans les doigts en cas de doute. Il est à noter qu'en un mois de pratique, Antonin a très nettement amélioré sa graphie des chiffres - la tentation de l'écriture "miroir" s'estompe de plus en plus.

Reste à prévoir un matériel de manipulation concrète (boutons...) et un outil de vérification (calculatrice). L'application sur tablette susmentionnée peut remplacer ces deux derniers items (elle permet à la fois la visualisation des quantités et le contrôle de l'erreur).


Et Louiselle, pendant ce temps, assiste son frère en prenant en charge la manipulation concrète : cinq boutons plus deux boutons, égalent ? Laissez faire la Damoiselle, elle trouvera ! ;-)

- Ces derniers jours, Antonin a demandé à travaillé sur des quantités un peu plus grandes... et je lui ai montré la disposition "en colonnes". Tout ceci sera à reprendre, durant les mois à venir, en parallèle avec la décomposition en unités/dizaines/centaines... Un travail de longue haleine, dont la première graine a été semée...


- J'ai enrichi les "lutins" des enfants : pour Antonin, j'ai ajouté les derniers feuillets de notre fichier Kumon concernant l'écriture des nombres de 20 à 30. Je pense d'ailleurs acheter le fichier sur les additions simples prochainement. Pour Louiselle, elle s'entraine à présent à l'écriture des chiffres à l'aide de fiches de ce type (ce ne sont pas exactement celles-là, mais je ne retrouve pas celles que nous utilisons et que j'avais imprimé pour Antonin l'année dernière...).


- En attendant, Antonin compte ! Jusqu'à soixante, plusieurs fois de suite ("Quand est-ce qu'on arrive ? - Dans trois minutes. - Bon, alors je compte jusqu'à 60, trois fois ! 1, 2, 3..."), jusqu'à cent, jusqu'à mille...  Cette frise-là  a été imprimée, plastifiée et affichée dans la chambre d'Antonin et l'aide beaucoup dans sa récitation.

 
Quant à Louiselle, elle compte avec lui - du moins, jusqu'à 18 environ. Et quand son frère se met en tête de dépasser la centaine, elle l'interrompt en lui expliquant qu'elle en a plein les oreilles (moi aussi...).


- Sinon, nous révisons les quantités de 10 à 19 à l'aide du porte-perles - j'insiste particulièrement sur la décomposition du nombre en dizaines/unités, toute la compréhension de notre système numérique repose à-dessus.


 Louiselle en profite pour utiliser le porte-perle jusqu'à 9. :-)


- Côté lecture, Antonin poursuit son petit bonhomme de chemin. J'essaie de varier les supports pour l'encourager à écrire - soit librement, soit en s'appuyant sur les cartes-images des séries roses et bleues. 

Son média favori reste le traitement de texte sur ordinateur. Il choisit sa police (cursive, lettres capitales ou minuscules), et peut rester concentré très longtemps. Petit à petit, il intègre la place des lettres sur le clavier, l'usage de l'espace entre les mots, la ponctuation, la touche "entrée" pour aller à la ligne... Un vrai pro ! ;-)


L'alphabet mobile est également très apprécié - surtout depuis que nous avons reçu les boites pour le ranger, ouah !

Et le rétroprojecteur permet une variable intéressante ! ;-)


Enfin, j'ai confectionné un petit alphabet mobile cursif (inclus dans les packs de lecture de la boutique "Documents Montessori") : on imprime (trois fois, cela suffit pour la plupart des mots), on plastifie et on aimante... Et voilà un matériel à portée de main, sur la porte du réfrigérateur, qui autorise les petites séances improvisées - vous savez, quand vos enfants réclament une activité intellectuelle alors que vous êtes épuisé(e) et débordé(e)... ;-)


Antonin est en plein dans la série bleue. Et c'est l'occasion pour moi de faire un point sur une angoisse récurrente des parents qui découvrent les méthodes archi-syllabiques, comme peut l'être la méthode Montessori.

Car quid de la correction orthographique ?? Enfin, lorsqu'on voir son enfant de 4 ans écrire "GIRLAND" au lieu de "GUIRLANDE", il y a de quoi s'évanouir, n'est-ce pas ? ;-)

Blague à part, la langue française ne permet pas une approche syllabique bien longtemps. Une fois le principe phonétique intégré, il va bien falloir apprendre à écrire les mots par cœur - car tous ont leurs petites particularités orthographiques, qui ne sont que très rarement réductibles au code (essayez de lire "femme" ou "clown" en vous appuyant sur la syllabique...) ou à des règles fixes (ou alors, il faut compter presqu'autant de règles qu'il y a de mots...). Si nous étions nés dans 90% des autres pays du monde, la question de se poserait pas, mais chez nous, elle se pose. Et c'est la raison pour laquelle je refuse de hurler avec les loups à chaque évaluation PISA - la plupart des petits européens champions d'orthographe ont la chance d'écrire dans une langue dans laquelle la correspondance sons-lettres est rigoureuse... En français, on repassera ! :-D

Bonne nouvelle : en Montessori, justement, les difficultés orthographiques sont abordées très tôt. Et puisque l'enfant n'est pas lecteur passif mais bien scripteur, les intégrer va revêtir pour lui un sens nouveau.

Exemple : pour un lecteur "pur", il est relativement aisé de retenir que le "e", situé à la fin d'un mot, ne se prononce pas. C'est la première règle d'orthographe que l'on acquiert - bon, bien des enfants, enfermé dans un rôle passif, continuent de anônner "robeuuuuuh" jusqu'à la fin du CE2, mais c'est une autre histoire.

Pour un "lecteur-scripteur", la même règle a un tout autre visage : certains mots s'écrivent avec un "e" muet à la fin, et d'autres pas. Savoir lesquels, tel est l'enjeu de ce nouveau palier. Cela ne signifie pas que la tâche est aisée, non. Cela signifie que l'enfant est acteur. De l'usage passif de la règle ("Si je vois un "e" à la fin du mot, je ne le prononce pas."), on passe à un usage actif ("Bon, ce mot-là, je l'écris avec un "e" ou pas, sachant que de toute façon il ne s'entend pas ?").

Bien sûr, Antonin mettra plusieurs années à intégrer quels mots s'écrivent avec un "e" et quels mots n'en prennent pas. Mais il est éveillé à la difficulté orthographique dès le début - et à force de repasser ses cartes "série rose et bleu", savamment mélangées par moi, peut-être aura-t-il intégré la plupart des "formes" orthographiques avant que j'ai le temps de dire ouf ! ;-)


Ci-dessus, Antonin s'appuie sur l'auto-correction au dos des cartes - ou même, me demande : "Maman, "Sole" a un "e", à la fin, ou pas ??".

Qu'importe qu'il sache ou non. Ce qui importe, c'est que cette bizarrerie orthographique existe dorénavant pour lui. Il sait que la question mérite d'être posée et c'est en ce sens que je la dis "intégrée" - le Damoiseau est "entré" en orthographe.


Et pendant ce temps, Louiselle continue de travailler le son des lettres cursives à travers leurs tracés....


... exerce son oreille phonologique - ici, en mettant en paire le son initial des mots et la lettre qui le code...


... et fait ses premiers pas en lecture. Ouch, ça, c'est du stade syllabique ! ;-)


Vous le voyez, la Damoiselle n'a pas changé ! Bébé, elle interrompait ses séances de mises en paire par des postures de yoga, vous souvenez-vous ? Aujourd'hui, elle est prise d'un besoin irrépressible de réciter l'alphabet au beau milieu de sa lecture... :-D

Cette attitude est la preuve pour moi, en tant qu'éducatrice, que la concentration et la performance ne se mesure pas toujours à l'aulne de ce que les adultes perçoivent comme "attention"... L'enfant est ouvert au monde, sans filtre, et c'est ainsi qu'il apprend ! Louiselle me l'a prouvé des milliards de fois... Je me détends et prends patience ! :-)

- Une petite séance sensorielle pour rire : la tour rose les yeux bandés ! :-)


Antonin effectue l'exercice avec beaucoup de sérieux, mais Louiselle ne peut résister à la tentation d'utiliser la vue... En tous cas, l'exercice les fait rire aux larmes : observer les gestes maladroits de celui qui, en aveugle, essaie de prendre ses repères par le toucher, c'est tordant !! :-D


- Côté Vie pratique, c'est le découpage qui a la cote. Notre fichier Kumon (encore un !) continue de passionner les enfants. Je photocopie les fiches en fonction de leurs désirs - ils ont leurs activités favorites, qu'ils aiment faire et refaire -, je ne leur impose aucune progression et les laisse expérimenter les différents niveaux de difficulté comme bon leur semble.


En tout cas, ces fiches ont encore beaucoup à leur apporter et ne sont pas prêtes d'être reléguées au placard... Un bon investissement, en somme ! :-D


Bonjour, Décembre ! :-)