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vendredi 16 novembre 2018

Merci qui ? Merci Montessori !


Bonjour à tous !!

Voilà, c'est fait :  j'ai centralisé tous mes articles sur mon premier blog Merci qui ? Merci Montessori. L'idée est de concentrer tous mes écrits au même endroit et de faciliter la gestion des commentaires (On y croit ! 😁)

C'est donc à cette adresse que vous retrouverez mes articles dorénavant. 🎉


Suite à vos requêtes, j'ai essayé d'améliorer certaines fonctionnalités du blog :

- Dans la marge, vous trouverez un onglet intitulé "Suivez ce blog par mail !". N'hésitez pas à y entrer votre e-mail : cela ne vous engage à rien et ne me délivre aucune information personnelle vous concernant, mais vous permet de recevoir mes articles par mail, et donc de vous tenir informés des publications.

- Dans le même registre, au moment de poster un commentaire, il vous est à présent possible de cocher une case "M'informer". Cette fonctionnalité vous permet de recevoir une notification lorsque qu'une réponse vous est faite.

- Suite à vos remarques, j'ai essayé de faciliter la recherche par mots-clefs (Onglet : "Rechercher dans ce blog" dans la marge). Cela devrait être plus efficace à présent !

- En bas du blog, vous trouverez nos lectures en cours (Onglet : "Nous lisons"). Je rafraichis cette rubrique tous les mois environ et partage ainsi nos références favorites comme vous me l'aviez demandé.


En cliquant sur une des couvertures présentées, vous êtes redirigés vers la liste de nos coup de cœur littéraires pour l'année scolaire en cours. Encore une fois, l'existence d'une telle liste était le souhait de certains d'entre vous, voilà qui est donc fait !

Peut-être le nom du blog changera-t-il un de ces quatre ... Je sais que vous êtes majoritairement défavorables à cette idée, mais bon, bah, nous verrons !! 😄

En attendant, prenez vos aises dans ce nouvel espace, et n'hésitez pas à me faire un retour sur ce qui ne fonctionne pas, ce que que vous aimeriez y voir apparaitre ... ou ce qui vous plait bien !

Très bon week-end à tous, et à bientôt pour quelques petites surprises ... 😉

mardi 13 novembre 2018

Tenir son crayon


Comment aider mon enfant à bien tenir son crayon ?

Voilà une question qui revient souvent dans vos commentaires, et qui est suffisamment complexe pour justifier un article ... J'ai donc décidé de m'y coller et de modéliser mon expérience d'enseignante et de Maman en la matière ... J'espère que cela vous sera utile ! 😊

La première chose que je voudrais vous dire, je l'ai d'ailleurs apprise en tant que Maman, et non en tant que professeure - car dans mon métier, je ne suis les enfants que dix mois d'affilée tout au plus. Et cette chose, c'est : il faut être vigilant tout au long de l'enfance, car une bonne posture peut se désapprendre ! Louiselle, par exemple, qui manipulait des pinces à linge avec aisance à dix-sept mois, tenait parfaitement son crayon jusqu'au milieu de la Grande Section. Mais depuis un an, son pouce se raidit et enveloppe l'outil au lieu de le pincer. C'est ce qu'on appelle la prise proximale, oui Madame ! "C'est beaucoup plus pratique comme ça !", rétorque la Damoiselle lorsque je le lui fais remarquer. 😅


La deuxième chose qu'il faut avoir en tête est ... de ne jamais désespérer !! Bien sûr ! 😊 Avec un peu de bonne volonté, une posture peut se corriger à tout âge - je vous l'accorde, le problème est parfois d'obtenir cette "bonne volonté" de la part de nos bouts de choux ... 😁


Mais au fait, en quoi est-ce un problème ?

Ne pourrait-on pas laisser nos enfants tranquilles avec cela et les laisser tenir leur stylo comme ils le souhaitent ?

Et bien ... Oui. Parfois. Et dans le cas de Louiselle, peut-être.

Pour le savoir, observez la graphie de votre enfant. Si elle est laborieuse, contrite, trop grosse ... Si l'enfant se fatigue vite, qu'il souffre de crampes ... S'il écrit plus lentement que ses petits camarades ... Alors, il y a fort à parier que sa posture engendre plus de fatigue qu'elle ne le devrait, et que votre enfant a besoin d'aide. Dois-je rappeler que plus de la moitié des travaux scolaires supposent de tenir un crayon pour être réalisés ? Une graphie souple est un facteur de réussite scolaire primordiale ...


Mais d'ailleurs, quelle est la bonne posture ?

La bonne posture, c'est celle qui permet d'écrire avec aisance, rapidité et souplesse. Et puisque nous sommes tous à peu près fichus pareil, nous dirons que la bonne posture, c'est celle-là, et qu'elle accepte une multitude d'infimes variantes personnelles.

Si vous sentez que quelque chose "cloche" dans la manière qu'à votre enfant de prendre son crayon, il va vous falloir observer finement : quel est le problème exactement ? Tentez de l'identifier le plus précisément possible, car il s'agit généralement qu'un seul "petit truc". Bon point donc : cela signifie aussi que votre enfant a construit plein de bonnes habitudes en parallèle ! 😊

Vous pouvez du même coup interroger votre propre posture en tant qu'adulte : est-elle bonne ? Si non, en avez-vous souffert ? Pourquoi ?

Ici, on peut voir le mauvais positionnement du pouce qu'a tendance à adopter Louiselle. 👆
Le fait qu'elle tienne la plume trop loin de la pointe est surtout lié à cet outil particulier :
elle ne veut pas se mettre de l'encre plein les doigts !

Mais que faut-il observer ? 

De quelle nature peuvent être les obstacles à une bonne préhension de l'outil scripteur (c'est le nom, dans le jargon, de l'outil "avec lequel on écrit") ?

1. Observez tout d'abord la posture globale. Elle n'a pas besoin d'être parfaite, mais ... C'est clair : il est impossible d'écrire correctement en étant couché sur sa table. Si votre enfant pose son menton sur son cahier ... Arrêtez les devoirs et proposez-lui un peu de gym ludique ! Je suis sûre que son enseignant comprendra !!

(N.B. Je ne suis pas fan du premier exercice de ce diaporama, qui met l'enfant en insécurité d'après mon expérience. Mais tous les autres sont excellents, et très bons pour le dos !!)

2. Observez ensuite la position du bras. Cahier et bras doivent être dans le même prolongement. N'hésitez pas à tracer des repères à la craie sur le bureau de votre enfant pour qu'il positionne sa feuille correctement. Parfois, l'utilisation d'un plan légèrement incliné peut aider à positionner le bras et la feuille. Si vous n'en avez pas, glissez un sac rectangulaire un peu mou sous un cahier le temps d'un exercice !

Vérifiez bien l'angle de la feuille ! Pour un droitier, l'inclinaison doit être de 20/30° vers la gauche, feuille centrée face à lui. Pour un gaucher, l'inclinaison est plus marquée (30/35°), vers la droite, feuille légèrement décentrée vers la gauche.

3. Observez la position des doigts sur l'outil scripteur. On croit généralement que l'on tient le crayon entre le pouce et l'index, mais c'est faux ! Enlevez le majeur pour vous en assurer : tout dégringole !! On le tient plutôt entre le pouce et le majeur (puisqu'on peut soulever l'index sans perdre son crayon !) mais les trois doigts sont essentiels : pourquoi croyez-vous que la pédagogie Montessori en fasse des tonnes autour de cette histoire de pince à trois doigts ?! 😄

Observez en particulier la position du pouce : il devrait être en opposition à l'index, et non par dessus (n'est-ce pas, Damoiselle ?). Si votre enfant a la même posture que Louiselle, observez plus avant : 

- Si l'enfant est crispé et que le mouvement vient du poignet, c'est problématique. Il va vraiment falloir que ce jeune pouce retourne à son poste !! 

- Si les mouvements des doigts restent possibles, ce positionnement peut être acceptable ... pas optimal, mais acceptable... Après tout, on raconte que certains grands auteurs ne tenaient pas leurs plumes de manière exemplaire ... 😶

4. Observez la hauteur de la prise - ou si vous préférez, la distance qui sépare les doigts de votre enfant de la mine de son  crayon. C'est le pouce de votre enfant qui sert d'unité de mesure - à la louche, hein ! Inutile de sortir votre mètre en ruban ! Un droitier tient son stylo environ 1/2 pouce au dessus de la mine, mais un gaucher le saisit plus haut (presqu'un pouce).

5. Observez à présent la position du crayon lui-même. Il est en contact avec la base de l'index, sur la commissure entre le pouce et l'index : il se repose, comme je dis aux enfants ! Jetez un œil à l'inclinaison - je n'accorde pas à ce critère une importance capitale, d'abord parce qu'on n'incline pas de la même manière un stylo, un crayon à papier, une craie, etc. Ensuite parce qu'une inclinaison peu efficace est souvent la cause d'une mauvaise posture des doigts, et qu'il suffit donc de régler ce problème-ci pour voir disparaitre celui-là.

6. Attention, un critère hyper important : quid de la mobilité des doigts ? Les doigts doivent bouger, dès les 4 ans de l'enfant environ ! Ce sont eux qui font le boulot. Si le mouvement vient du poignet et du bras, c'est la crampe assurée ! 😩 Vous ne pouvez pas vous tromper : l'enfant a généralement un raideur, quelque chose de "monobloc" dans sa manière d'écrire ...

7. Et du coup : quelle est la position du poignet ? Il doit être appuyé sur la table. Il est détendu, d'ailleurs, il ne fait pas grand chose (le fainéant 😊). 

8. Enfin, la main dominante ne se déplace que très peu latéralement pendant l'écriture. L'autre main tient la feuille et assure l'équilibre du corps.

Ouf ! Je sais : ça fait beaucoup ... Mais vous n'êtes pas obligé de tout observer le même jour ! 😊


À présent : Que pouvons nous faire concrètement ?

1. Tout d'abord : savoir qu'un écart existe entre la posture optimale et celle qu'a adopté l'enfant, et l'en informer. Ben oui, ça va mieux en le disant, comme on dit !

Attention ! Savoir que l'on tient mal son crayon peut devenir source de stress. Il ne faudrait pas que l'enfant se bloque et refuse d'écrire, ce serait contre-productif ! Observez donc longuement avant de faire la moindre remarque, et formulez celle-ci de la manière la plus concise  et la plus stable possible. La verbalisation est primordiale !

Une fois le problème identifié, montrez la bonne posture à votre enfant en vous plaçant à sa droite s'il est droitier - ou à sa gauche s'il est gaucher. Par la suite, essayer de trouver une formule qui rappelle le bon geste en quelques mots. Chez nous, par exemple, deux mots suffisent : "Le pouce. ". Ah, oui. Le pouce. C'est vrai, Louiselle n'y pensait plus. Hop, elle se corrige de bonne grâce (ce qui m'épate toujours, comme quoi elle doit bien y trouver son compte !) et il suffit que ce fichu pouce se place correctement pour que le stylo s'aligne, et que les doigts deviennent plus mobiles.

Attention (again) !! Evitez de TROP le lui rappeler - une ou deux fois par jour, c'est un grand maximum, et toujours en situation. On peut aussi rectifier la posture de l'enfant par un geste doux, en prenant sa main dans la nôtre, en caressant son coude ou son dos, etc. Restons discret, il ne s'agit pas de générer des tensions autour de cette histoire.

Ah : et puisqu'on parle de communication, informez aussi les enseignants de votre enfant. Si la posture génère de la frustration, voire une situation d'échec, ce sont eux qui vous en auront certainement parlé les premiers, d'ailleurs. Et ils travaillent en classe pour corriger ce qui doit l'être. 


2. Choisissez bien les outils que vous proposez à votre enfant. C'est un peu une lapalissade, mais même un scripteur expert aura des difficultés à tracer si ses stylos ne sont pas en bon état et de bonne qualité. L'ergonomie est un critère plus délicat : tel outil conviendra à tel enfant, mais pas à tel autre. L'idéal serait toujours de pouvoir essayer un stylo avant de l'acheter, surtout s'il se targue d'une spécificité quelconque.

Doter l'enfant d'outils confortables, voilà qui est en notre pouvoir ! C'est même assez facile ! Faisons rapidement le tour de la question :

- Des crayons à papier un peu gras, au corps triangulaire, sont indispensables. La mine glisse agréablement, le trait s'efface facilement. Le corps triangulaire permet un placement des doigts quasi-instinctif. Apprenez à votre enfant à tailler son crayon tous les jours. 

Faut-il choisir des crayons au gros diamètre ?  En toute honnêteté, j'ai changé plusieurs fois d'avis sur cette question au cours de ma carrière, car l'observation de mes élèves m'envoyait des messages contradictoires : tantôt j'avais l'impression qu'ils tenaient un pieu dans leur main (essayez "d'écrire" avec un rouleau de papier toilette vide et vous verrez ce que je veux dire ...), tantôt j'avais l'impression que ce gros diamètre les aidait à placer leurs doigts correctement. Et puis, un beau jour, j'ai compris : cela dépendait des enfants, bien sûr ! 😄 Du coup, j'ai à présent les deux diamètres dans mes classes, et je décide, après essais, quel crayon attribuer à quel enfant. Mes favoris sont les Lyra, qui existent en gros diamètres et en diamètre conventionnels.

(N.B. Quand je parle de "gros" diamètres, je veux dire 1 cm, pas 2, ni 3 ! - les Woody, malgré leurs multiples qualités, sont décidément trop épais ...)

Le diamètre, donc, est à voir selon l'enfant. Par contre, il y a un paramètre sur lequel je suis inflexible en classe, c'est la longueur des crayons. Au point que je demande à l'ATSEM de les scier, oui ! 😂 Avant le CE1/CE2, selon la taille des mains de votre enfant, un crayon devrait toujours être écourté. Encore une fois, c'est l'observation qui vous dira de combien. Voici un petit test pour vous aider : prenez un crayon en main, comme pour écrire. Le crayon prend appui sur la commissure entre le pouce et l'index, vous voyez ? Ce point se situe à la moitié environ de la tige du crayon (un peu plus haut chez les gauchers). Il doit en être de même pour votre enfant !

Si l'enfant éprouve des difficultés en graphisme, sachez qu'on peut écrire sans honte avec un crayon à papier jusqu'à la fin du CE1 - et alors ? Cela n'empêche pas, ponctuellement, d'utiliser d'autres outils, évidemment, mais le crayon, bien choisi, offre tout de même un confort particulier.

- N'oubliez pas le critérium, d'ailleurs ! Il a tous les avantages du crayon à papier, plus un : si le geste est trop crispé, la mine se casse ... Voilà un outil qui invite, mine de rien, à se détendre ... 😊

- Des stylos complètent de toute façon la trousse ! Des rouges, des verts, des bleus, et même des stylos à paillettes ! Bien sûr, car on écrit avec des stylos ! Pas forcément tout le temps au début, mais enfin, c'est tout de même l'objectif final. De plus, la pression à exercer sur le papier n'est pas la même qu'avec un crayon, et l'inclinaison doit être maitrisée pour que l'outil fonctionne. C'est donc un excellent exercice. Je suis partisane d'introduire dès le début le stylo-bille et le stylo-plume dans les trousses de nos enfants - même si, au début, ils n'en servent que pour dessiner ou s'entrainer au brouillon. Il existe des modèles avec une bague antidérapante, voire une butée pour retenir les doigts. Encore faut-il que ces "solutions" correspondent aux "problèmes" de l'enfant, mais vous l'avez compris !

- Varions les outils ! De temps en temps, disposons sur une table tout un tas d'outils scripteurs : des porte-mines, des porte-plumes avec de l'encre, des calames, des pinceaux chinois etc. Ce n'est que du bonheur, car oui : écrire, c'est aussi pour le plaisir !!

Et le guide-doigt ? Il permet aux doigts de ne pas glisser, de bien se positionner et de n'être ni trop près, ni trop loin de la mine. On peut en proposer un, mais toujours de manière très ponctuelle, comme un exercice, car il entrave le geste naturel et empêche l'enfant de trouver "sa" position. Une alternative, plus libre et gratuite, consiste à dessiner des points sur le corps du crayon, là les doigts devraient venir se placer. Encore faut-il que le "problème" de votre enfant réside dans la position de ses doigts !!


3. Donc : vous avez identifié le problème, vous l'avez formulé, et vous vous êtes appliqué à fournir à votre enfant des outils de qualité. A présent : jouez !

Voici quelques jeux à proposer à votre enfant en fonction de ce qu'il a à corriger.

- Si l'opposition du bout du pouce et du bout de l'index n'est pas construite : montrez à votre enfant comment coller pouce et majeur et à utiliser le majeur pour envoyer une chiquenaude à un objet léger (un bouchon de bouteille en plastique, par exemple). Organiser un mini-foot sur la table de la cuisine, en matérialisant deux buts opposés et une ligne de mi-terrain à la craie. Chacun essaie de marquer dans le but adverses, mais attention ! Le coup ne vaut que si la main a la bonne posture.

De même tous les exercices permettant d'isoler et de muscler la "pince à trois doigts" sont salutaires. On peut, par exemple, faire de la peinture à doigts en  tenant un cotillon dans sa paume, maintenu par l'auriculaire et l'annulaire repliés. Les trois autres doigts, les doigts "scripteurs", travaillent. Attention, le cotillon ne doit pas tomber !

- Si la main se positionne en "col de cygne" : demandez à votre enfant d'enduire une feuille à dessin d'une belle couche de gouache. L'exercice consiste ensuite à "graver" la peinture fraiche à l'aide d'un cure-dent : demandez-lui de tracer des boucles tout autour de la feuille, cela fera un joli cadre ! La seule contrainte est : on ne retrousse pas sa manche, et on prend garde de ne pas la tâcher ! La main devra alors se positionner sous la feuille, et non dessus. Motivation supplémentaire : votre enfant collera ses plus beaux dessins sur les fonds ainsi réalisés et pourra les offrir à toute la famille pour Noël !



Vous pensez qu'il faut tout reprendre depuis le début ?

N'hésitez pas à consulter un ergothérapeute, qui saura vous rassurer, vous outiller ... et qui aidera votre enfant à résoudre son problème, car c'est son travail !! Et pour patienter dans l'attente du premier rendez-vous, continuez de vous jouer avec votre enfant en suivant ces dernières pistes !

- Comment tonifier les doigts ? Grâce à des séances de gymnastique des doigts, régulières et récréatives.

- Comment apprendre à plier le pouce ? 

Réponse de mon homme : "Ah, ben, on va initier Louiselle aux jeux vidéos, c'est exactement le geste que l'on fait quand on appuie sur les boutons de la manette !" 😂😂😂 

(Je décline toute responsabilité pour cette idée lumineuse. 😁 D'ailleurs, Louiselle n'aime pas les jeux vidéos. Vous croyez que c'est pour cela qu'elle ne plie plus son pouce ???)

Ou alors, plus sérieux : L'histoire du monstre glouton. Si, si, malgré son nom, c'est un jeu très sérieux. 😊

- Comment apprendre à placer correctement l'extrémité de la pulpe du pouce contre la face latérale de la dernière articulation du majeur ? Dessinez deux points au feutre sur les doigts de l'enfant, et expliquez que ces deux points doivent "s'embrasser" ( = se toucher). Vous trouverez ICI une petite comptine pour travailler ce geste précis en rigolant.

- Comment apprendre à placer sa main correctement, dans l'axe de l'avant-bras ? Proposez régulièrement  à votre enfant "d'endormir" sa main dominante : massez-la, caressez-la ... Puis posez la main sur la table, sur le coussin de muscles qui se situe dans le prolongement de l'auriculaire. La main est posée sur sa tranche, détendue. Comment se positionne alors le bras ? Il est dans le prolongement naturel de la main. Le poignet est légèrement tourné vers la table - on a dit "légèrement" ! d'ailleurs, tout est léger. C'est dans cette posture que l'on écrit, car quand on porte un stylo, on ne doit pas, en plus, avoir à porter sa main ! Quelle fatigue ce serait, n'est-ce pas ?

- Comment placer sa feuille correctement, dans l'axe de l'avant-bras ? Courrez découvrir l'astuce des flèches d'Indien, aussi ludiques qu'efficaces, je vous le garantis ! 😊

- Comment apprendre à plier et déplier ses doigts, et non son poignet ? En manipulant un hand-spinner, bien sûr... 😉 Et en s'exerçant à le pincer, tout en le faisant tourner, entre le pouce et l'index, le pouce et le majeur, le pouce et l'annulaire ...

- Comment corriger le mouvement d'épaule ? Si l'avant-bras de votre enfant se soulève de la table quand il écrit, et que le bras fait un mouvement "en bloc" de l'épaule aux doigts, proposez le jeu suivant : glissez une pièce d'un euro sous l'avant-bras de votre enfant et demandez-lui d'écrire en maintenant le contact table-pièce-bras. Vous pouvez également lui demander de travailler à plat ventre par terre !



J'espère que ces pistes concrètes vont seront utiles !


Et surtout n'oubliez pas : bien écrire sert avant tout ... à s'exprimer et à communiquer !

Ce n'est donc que du bonheur, n'est-ce pas ? ❤

dimanche 4 novembre 2018

Organiser le monde


Le monde n'est pas intrinsèquement logique. C'est l'Homme qui injecte de l'ordre dans le monde - on aime bien ça, nous, la logique. Il faut dire que nous n'avons pas trop le choix : la logique structure notre pensée, à tel point que nous oublions souvent qu'elle n'existe pas hors de notre crâne.

Nous passons notre vie à organiser, c'est-à-dire : à trier selon des catégories. C'est une pratique qui pénètre tous les aspects de notre vie humaine. L'enfant entre en sciences quand il commence à trier, et il entre du même coup en mathématiques, et dans le langage. Organiser les choses du monde : c'est ce que nous faisons toute la journée. Au cours de nos tâches les plus prosaïques (ranger et nettoyer sa maison, se laver, jardiner ...) comme les plus élevées - l'exercice des sciences les plus abstraites. 


La première compétence scientifique, c'est l'exercice du tri, du rangement.

Ce n'est pas tellement l'ordre qui résulte de cette opération qui importe, mais le processus qui consiste à rapprocher, ou à différencier, deux objets par la pensée. Quels sont les points communs entre une bouilloire et une cuillère ? Qu'est-ce qui les sépare ? Puis-je envisager un concept qui les englobe toutes les deux ? Et une étiquette qui puisse s'appliquer à l'un mais en aucun cas à l'autre ?



Voici une activité que j'affectionne particulièrement, et qui peut être proposée dès 5 ans :

Rassemblez tout un tas d'objets hétéroclites sur un grand plateau ou dans une boite : stylos, boutons, perles, ficelle, pinces à linge, livres ... enfin, tout ce qui vous tombe sous la main. Le but du jeu pour l'enfant est de trier ce désordre selon des catégories choisies par lui.

Les plus jeunes trient souvent selon la taille, la forme ou la couleur des objets. Plus tard, apparaissent le tri selon l'usage, les matériaux ou l'origine

L'enfant comprend vite qu'une même collection peut être organisée de multiples façons. C'est même en constatant qu'un objet peut toujours appartenir à plusieurs catégories à la fois  que se construisent la souplesse d'esprit et la capacité d'abstraction.


Ce petit jeu tout simple, dans ces infinies variantes, permet donc de développer une pensée agile, à condition :

1. De laisser l'enfant construire les catégories, sans les lui imposer en début d'activité.
2. D'accepter toutes les propositions, du moment qu'elles sont argumentées, et d'admettre qu'il n'y ait pas de "bonne" réponse.


Aujourd'hui, les enfants ont choisi deux familles qui leur tiennent particulièrement à cœur en ce moment : ils ont trié les objets que je leur avais fournis en "Humain" ( = fabriqué par l'homme) et "Naturel".

Lorsque tous les objets ont été triés, je leur ai demandé, comme je le fais toujours à la fin de cette activité, de prélever dans leur environnement d'autres objets de leur choix et de les soumettre aux catégories choisies

C'est alors que la rencontre d'une petite limace a tout bouleversé. Louiselle a voulu ajouter en son honneur une troisième catégorie : "Vivant", et les enfants ont repris une partie des items "naturels" pour les transférer dans ce nouveau plateau. La frontière entre ces deux catégories étant parfois ténue, les discussions furent vives, précises et passionnantes. 😊


Alors ... Peut-être cette nouvelle catégorie rompt-elle l'équilibre. On peut opposer "Humain" et "Naturel", mais si on parle de "Vivant", il faudrait sans doute mieux baptiser les autres plateaux : "Non vivant" ( = les objets), "Qui fait partie d'un organisme vivant" ( = l'écorce, la feuille ...), et "Qui fut jadis vivant" (= les cadavres) ... ?


Ou alors, acceptons que tout cela est fortement culturel, et que les trois "familles " du jour sont d'une logique à toute épreuve. Mieux, elles sont la logique humaine en exercice. 😉


Je pense que je vous reparlerai de sciences très bientôt, parce que ça me trotte pas mal dans la tête en ce moment 😊 :  je sens que mes enfants arrivent à un stade où les petites manipulations ludiques, menées selon l'inspiration du moment, ne leur permettent plus de construire de nouvelles notions. Ils formulent un appétit de savoir et des demandes d'explications intelligibles - sur des notions aussi variées que la cristallisation, l'énergie, l'érosion, l'inertie ou la gravité. Je réfléchis donc activement à la manière dont je peux mener tout cela, et je vous tiendrai au courant très vite !


Une chose est sûre : nous n'avons pas fini de faire des tris ... 😉

vendredi 2 novembre 2018

{ Ce moment }


« D’où vient le PREMIER homme ? demande Louiselle, 6 ans.

- Ah, ça, ma chérie, personne ne sait, en fait …

- Mais au début, il y a FORCEMENT eu de la MAGIE quelque part ?

- Et bien, il y a aujourd'hui beaucoup de gens très sérieux qui pensent effectivement, qu'il y a peut-être eu de la magie, en quelque sorte ...

- Je SAIS, marmonne Louiselle, avec dans les yeux cette lueur de certitude qu’elle a parfois quand elle voit LOIN. Le premier homme, c’était le BÉBÉ d’une FÉE. »

Ainsi soit il. ❤️

jeudi 1 novembre 2018

Halloween 2018


À quoi reconnait-on une blogueuse professionnelle ?

Elle prépare Halloween un mois avant tout le monde de façon à pouvoir publier un article thématique quinze jours avant le jour J. Ses lecteurs ont ainsi le temps de s'approprier l'inspiration proposée et organisent tranquillement l'évènement dans une temporalité "normale".

Je voue une admiration éternelle aux blogueuses professionnelles (merci à elles). 😊

Je ne ferai jamais partie de cette catégorie car : je déteste préparer une fête trop longtemps à l'avance. Je trouve que cela dénature tout le plaisir : quand le grand jour arrive enfin, on est déjà en overdose. Ce n'est pas sympa pour vous, je le sais bien : tous mes articles sur les fêtes sont publiés après coup. Chez nous on commence à penser à Halloween ou à Pâques une grosse semaine avant l'évènement - et pour Noël, rien ne prend forme avant le 1er décembre au plus tôt. 

Une fois de plus, donc, je publie cet article trop tard, mais voilà ! Si certaines idées ci-dessous vous inspirent, consolez-vous ... et revenez les lire l'année prochaine!! 😊

Nous fêtons Halloween de manière très traditionnelle depuis l'année dernière : déguisements, maquillages, tournée des voisins, petit dîner d'automne entre amis et tout le tralala. Bien sûr, les enfants adorent, et attendent cette fête avec la même impatience que son espèce de symétrique inversé :  Pâques, qui est aussi pastel et pastoral qu'Halloween est contrasté et sinistre - mais non moins sucré, ohooho !

Voici les petites activités qui ont balisé nos préparatifs cette année :

1. Petits bricolages :


Les enfants ont souhaité consacrer une partie de leurs vacances à réaliser tout un tas de petites décorations thématiques. Je souhaitais, quant à moi, ne pas dépenser un euro pour ce faire - cette année, c'est économie, économie ! 

Heureusement, il y a généralement tout ce qu'il faut dans l'atelier pour réaliser les petites idées glanées sur Pinterest !

Des araignées-vampires trop mignonnes :



Voici donc nos araignées-assiettes-en-papier : il suffit de peindre une assiette en carton à l'acrylique (plus couvrante que la gouache). On colle des yeux mobiles, et on perce le pourtour pour y passer des cure-pipes en guise de pattes.


Des cailloux-citrouilles :



Voici encore nos cailloux-citrouilles : réalisés à l'acrylique, toujours, qui adhère à n'importe quel support. Veuillez à bien laisser sécher la couche orange avant de peindre les parties du visage - c'est indispensable si on veut obtenir des traits nets, mais assez rapide, l'acrylique sèche vite. Attention, l'exercice n'est pas si simple ! Plus l'enfant est petit, plus les pierres proposées pourront être grandes, pour faciliter la tâche. 

 

Des pochettes à bonbons pour nos hôtes :



Voici enfin nos bonbonnières-chauves-souris. Cette année, nous étions invités à fêter Halloween chez des amis et les enfants tenaient à apporter une petite surprise pour nos jeunes hôtes. Il s'agit d'un rouleau de carton fort qu'ils ont scié, peint à l'acrylique noire (euh, on aime beaucoup cette peinture, vous l'avez compris 😊), orné, rempli 🍬, et scellé au pistolet à colle. Nos petite chauves-souris ont fait des heureux !

2. Recettes de cuisine : 



Voilà un mois que nous nous régalons avec les très nombreuses recettes du Gourmand Kids d'octobre ... Connaissez-vous cette revue ? Je viens de la découvrir (à la caisse d'un supermarché !) à travers ce beau numéro consacré à Halloween et aux recettes d'automne ... Elle coûte presque 5 euros, mais ne sort, je crois, qu'une fois par saison ... Et avec un numéro, mes petits cuistots ont largement de quoi se faire plaisir ... Mentions spéciales pour les cookies déchaînés, le gâteau dragon, les pommes de terre farcies, et bien sûr : l'incroyable article consacré à un buffet d'Halloween haut en couleurs ... façon Dia de los Muertos, vous voyez ? Une vraie merveille ! ❤️


( Mille excuses pour cette photo - prise de nuit, et donc moche. Mais bon, je n'avais pas le choix, et il n'était pas question d'attendre le lendemain pour immortaliser ce gâteau-chat qui n'a pas fait long feu ! Il était exquis ! )


Le seul reproche que j'adresserai à ce Gourmand Kids, qui tente, par ailleurs, de proposer des recettes équilibrées et variées, est qu'il fait, pour les desserts, la part belle aux bonbons décoratifs et autres pâtes à sucre ... Ce n'est pas du tout dans nos habitudes culinaires, mais bon : quand c'est fête, c'est fête ! 🎉


La semaine dernière, nous avons donc travaillé et coloré de la pâte à sucre pour la première fois ... Pour l'occasion, nous avons même mangé les colorants alimentaires que nous utilisons d'habitude pour nos petites expériences scientifiques.

LOUISELLE, interloquée
Mais, ça se mange, les colorants alimentaires ??

ANTONIN, très docte, bien qu'il vienne de réaliser la chose
Ben oui, même qu'on entend "alimentaire", dans "colorant alimentaire".

MOI
D'ailleurs, on en a déjà mangé, une fois, dans un gâteau arc-en-ciel. Vous vous en souvenez ?

Les enfants hochent vaguement la tête, en cherchant dans leur mémoire. Ils ne se souviennent pas bien. En fait, il me semble qu'ils n'avaient pas beaucoup aimé ce gâteau-là. 😊


Pour en revenir à notre gâteau-chat, Damoiseau et Damoiselle étaient fous de joie et nous avons passé un super moment à quatre autour de sa réalisation et sa décoration !

Seulement, la prochaine fois, j'essaierai de fabriquer la pâte à sucre moi-même, car la liste d'ingrédients est juste HORRIBLE (dioxyde de titane !! 😱 ). Quelqu'un a déjà tenté ? C'est difficile ou pas ? Apparemment, c'est plus difficile à travailler que la pâte du commerce, qui se manipule comme de la pâte à modeler ... Auriez vous des recettes à me conseiller ? Car je tenterai bien le gâteau-licorne de la page 18 pour le demi-anniversaire de Louiselle ... 😁

3. Travaux d'aiguilles :



J'essaie d'enrichir dès que possible le stock de déguisement d'un petit accessoire fait maison ... Cette fois-ci, c'est une couronne en feutrine qui a vu le jour. Et c'est Louiselle qui s'est chargée de réaliser les toiles d'araignées en laine cardée !! ❤

4. Jeux de circonstance


On enchaine les parties de Bogoss, le jeu phosphorescent signé Djeco qui permet de jouer dans l'obscurité, BRRR !! ... Ou sous une lampe à lumière noire, comme le jour de la photo. Saisissant !!


Et on s'éclate avec le Batadouble, qui tient à la fois du Dobble et de la Bataille ! 


5. Plateaux d'inspiration Montessori


Les enfants m'ont réclamé des activités "spécial Halloween" : j'ai donc garni les étagères de l'atelier de diverses propositions d'inspiration Montessori piochées à droite/à gauche :  


- Des dictées muettes 👆 : notre alphabet mobile a été acheté il y a trois ans sur le site Au bois des lettres, et les cartes ont été téléchargées chez Dys é moi. Elles sont pliées en deux avant plastification, et le mot à transcrire se trouve au dos, afin que l'enfant puisse vérifier sa production. Ce plateau est plutôt à destination d'Antonin, mais sa petite sœur s'y intéresse aussi.


- Des mots mêlés - les enfants les adorent. Ceux de Louiselle viennent de la Classe de Corinne, et ceux d'Antonin de Bonjour les enfants (testez-les avec vos grands, ils leur donneront du fil à retordre !! 😊).

- Les cartes de nomenclatures classifiées des parties de l'araignée, en provenance de Montessori et Cie. Elles sont super jolies et très précises, je vous les conseille !

- Des tutoriels de dessin thématiques piochés un peu partout sur Pinterest - encore un truc que mes enfants affectionnent et qui peut les absorber un long moment ...

- Le joie de l'oie des citrouilles de Bout de Gomme 👇 : Utilisé avec notre matériel de numération, il permet à Louiselle de manipuler concrètement des quantités jusqu'aux centaines. C'est un jeu très attractif pour son grand frère aussi, toujours assoiffé de mathématiques, et nous y jouons en famille avec beaucoup de plaisir ! Une variante sympa, dès 7 ans, consiste à jouer avec des billets de Monopoli ... Histoire de s'exercer à rendre la monnaie. 😉


Ce sera tout pour cette année ! Halloween est terminé, nous compensons nos excès par des orgies de fruits et rêvons déjà vaguement à nos prochaines fêtes : le demi-anniversaire de Louiselle, suivi de près par celui de son Papa ... Toujours avoir une fête en perspective, tel est notre credo !! 😄

Pour suivre nos célébrations d'Halloween à travers les ans sur Instagram, rendez-vous au hashtag #halloweencoquelipop

Et pour lire d'autres articles sur le sujet sur ce blog, c'est ici :


Comment s'est passé Halloween dans votre famille, si vous l'avez fêté ? 😊

vendredi 19 octobre 2018

{ Ce moment }


J'ai dit : "J'aimerais bien dessiner des glands, mais je n'en ai pas, et je ne sais pas où en trouver."

Antonin, 7 ans, m'a répondu : "Je sais, moi. Demain, je t'emmène."

Il m'a conduit sur les pas d'une promenade que j'avais oubliée.

Les glands jonchaient le sol.

C'est dans ces moments-là que je me dis que la transmission est à l’œuvre ... ❤️

jeudi 18 octobre 2018

FAQ : la violence de l'Histoire

Ma première Histoire de France et figurine Papo (non rééditée)

Fabienne est passionnée d'Histoire. Elle aime l'idée d'initier ses enfants, de 5, 9 et 11 ans, à l'Histoire de France, mais elle s'interroge :

"Je ne sais pas si c'est une impression, m'écrit-elle, mais je trouve que plus on avance dans la chronologie, plus l'Histoire est violente. Les Romains envahissant la Gaule, ce n'était déjà pas tendre, mais comment expliquer la torture de la crucifixion, courante il y a 2000 ans, à mes enfants ? Comment leur parler des pendaisons du Moyen-Age ? Du massacre de la Saint Barthélémy ? De la guillotine ? Des génocides du XXe siècle et des armes chimiques d'aujourd'hui ?"

Jules César, Vercingétorix (non réédité), et La p'tite encyclo de l'histoire de France

Et bien je dois dire que je suis assez d'accord avec Fabienne 😔. Et nous ne parlerons même pas de l'actualité, qui, en plus d'être violente, est contemporaine - et glace le sang bien plus que n'importe quelle barbarie appartenant au passé.

Cependant, le fait que ce soit moi qui narre, en Histoire, me permet de garder un pouvoir sur les messages que je délivre à mes enfants. Je choisis mes mots. Je mets l'accent sur certains faits, et, ce faisant, j'en atténue d'autres.

Un exemple :

Mes enfants ont entendu parler de pendaison pour la première fois la semaine dernière (merci Robin des bois 😁). J'ai donc expliqué, ainsi :

- On rattache à quelque chose de connu : "Tu te souviens du jeu du pendu, dans lequel il faut trouver un mot ? On dessine une potence à côté, tu sais ?"

- On précise d'emblée que cela appartient au passé : "Au Moyen-Age, en France, on condamnait parfois les gens à mourir quand ils avaient fait une bêtise. Aujourd'hui, en France, on n'a plus le droit de tuer quelqu'un. Même si on attrape un très grand méchant, on le met en prison pour toute sa vie, mais on ne le tue pas." L'objectif est ici d'informer tout en sécurisant : l'enfant a besoin de vivre dans un monde juste (et certes manichéen ...), dans lequel les policiers sont les "gentils" qui arrêtent les "méchants". Il nuancera plus tard, quand il sera prêt à cela.

- On tâche d'être le plus objectif possible (pas d'affects !!) sans s'étendre sur les détails morbides : "Les gibets servaient à pendre les condamnés à mort. On leur attachait une corde autour du cou, et ça les étranglait."

Figurine Papo et le très délectable Déjoue les pièges de l'Histoire

"Si j'édulcore, poursuit Fabienne, je ne sais plus très bien ce que je sers à mes enfants : est-ce encore de l'Histoire ou des mythes ?"

Peut-être cette culture collective et un peu grossière que l'on partage sur notre passé tient plus du mythe que du fait objectif, je l'admets. Bien malin qui pourra démêler l'un de l'autre, en Histoire, d'ailleurs. 😊

Cependant, il ne s'agit pas de mentir à nos enfants, non ! Mais de sélectionner les informations signifiantes. Ce n'est pas pareil. 😉

Prenons un exemple, encore une fois. Chez nous, nous venons de terminer l'étude du XVIIIe siècle.

Qu'ai-je raconté à mes enfants concrètement sur cette période ?

D'abord, j'ai décidé de réduire le XVIIIe siècle à deux "évènements" : Les Lumières et la Révolution Française. Il me semblait primordial de ne pas passer les Lumières sous silence, d'abord parce qu'elles permettent de comprendre que les hommes aient pu trouver l'audace de fiche en l'air un système multi-séculaire, ensuite parce qu'elles apportent un peu de "positif" dans une époque qui serait, sans elles, bien sombre.

Le siècle des Lumières

Ce qu'on retient des Lumières, à 6 et 7 ans :

- Le XVIIIe siècle a un joli nom. On l'appelle le Siècle des Lumières mais ce n'est pas parce qu'on avait inventé l’électricité, non, pas encore ! C'est parce que les Hommes réfléchissent beaucoup à cette période, et ils inventent et découvrent beaucoup de nouvelles choses. C'est la lumière dans leur esprit, en quelque sorte.

- On cite quelques inventions - les enfants adorent ! : Lavoisiser invente la chimie, James Watt créé la première machine à vapeur et les frères Montgolfier font voler de gros ballons dans le ciel !

- Diderot est un Monsieur qui pense, un philosophe, et il a voulu rassembler dans un livre TOUTES les connaissances humaines de son époque : tout, tout, tout ! Les animaux, les plantes, les machines, les métiers, la géographie, la politique ... Tu imagines un livre avec TOUT dedans ! Il était drôlement gros, ce livre ! C'était un peu l'Internet de l'époque et il s'appelle l'Encyclopédie.

- Les philosophes commencent à se demander s'il est normal qu'un seul Homme, le Roi, décide de tout. Louis XIV a dépensé tout l'argent de l’État en fastes et en guerre, tu te souviens, mais pendant ce temps, les pauvres travaillent dur et n'ont rien. Voltaire, par exemple, dit que tous les hommes se valent, qu'ils sont égaux. Il dit quelque chose d'incroyable à cette époque : si quelqu'un fait une bêtise, il a le droit d'être jugé. On n'a pas le droit de mettre quelqu'un en prison sans procès !!

Notre livre phare sur cette période, c'est Voltaire, des éditions "Quelle Histoire", que je raconte plus que je ne lis, mais qui illustre vraiment bien ce courant de pensée à travers la vie concrète d'un homme emblématique.

La Révolution française

La Révolution, c'est un gros morceau. Pour les petits, ce chapitre structurel de l'Histoire est l'occasion de raconter des histoires : on y va à fond sur la prise de la Bastille et la fuite de Varennes. On mime, on décrit, on met en scène !

Ce qu'on retient de la Révolution française, à 6 et 7 ans :

- Les personnages de Louis XVI et de Marie-Antoinette, d'abord : lui, bonasse et gentil, elle, jeune et coquette. Lorsqu'il se marient, Marie-Antoinette n'a que 14 ans ! Et Louis XVI n'est pas beaucoup plus vieux. Imagines-tu te marier à cet âge-là ? Ils auront trois enfants et toute la famille habite à Versailles - qu'on connait bien depuis qu'on a rencontré Louis XIV. Lions, lions les époques, car dans les faits, tout est lié, et les "ruptures" sont rarement perçues comme telles par ceux qui les vivent.

- La prise de la Bastille. Un vrai historien vous expliquera en long en large et en travers qu'il s'agit en réalité d'un évènement mineur, mais le symbole est fort. Le peuple a faim ! Il a des armes, mais pas de poudre, et décide d'aller en chercher dans les caves d'une vieille prison, la Bastille - celle-là même où Voltaire fut emprisonné, tu te souviens ? (Tout est lié, tout est lié !!) Les gardes prennent peur devant la foule en colère et ouvrent les portes. La prise de la Bastille est un grand symbole révolutionnaire : des pauvres gens ont réussi à pénétrer dans une forteresse gardée par les soldats du Roi, tu imagines ! A ton avis, quel jour a eu lieu la Prise de la Bastille ?

- Les gens veulent que le roi vienne habiter à Paris, dans leur ville, avec eux ! Pas dans son palais précieux à Versailles, mais dans la vraie vie, là où les choses se passent. Le peuple va chercher le roi à Versailles, et : incroyable ! Le roi accepte de le suivre. Il s'installe avec sa famille au palais des Tuileries. En fait, le roi est prisonnier des parisiens.

- Le drapeau tricolore et la cocarde : Connais-tu les couleurs de notre drapeau ? Il a été inventé au moment de la Révolution. Le blanc était la couleur du roi, le rouge et le blanc étaient les couleurs de Paris. On met le blanc au milieu pour dire que le Roi est désormais encadré par Paris. Ce n'est plus lui qui décide, il dirige avec les parisiens, avec le peuple.

- Le roi a peur du peuple, il se sent en danger et il s'enfuit avec sa famille ! Mais un garde le reconnait dans un relai, à Varennes : à cette époque, il n'y a pas de télévision, pas d'Internet, mais les gens connaissait le visage du roi. Sais-tu pourquoi ? Il était gravé sur toutes les pièces de monnaie ... Le roi, la reine et leurs enfants sont ramenés de force à Paris. Les parisiens aimaient bien leur roi, mais après cette histoire, ils se sentent trahis, ils n'ont plus confiance en lui. 

- Le roi et la reine sont guillotinés. La guillotine est une machine qui vient d'être inventée, elle sert à exécuter les condamnés : elle coupe la tête grâce à une grande lame. Les gens ne veulent plus d'un roi, ils veulent décider des lois eux-mêmes : ils instaurent une République. Dans une République, c'est le peuple qui gère le pays, qui prend les décisions en votant. Plus personne n'a le droit de décider pour tous. Nous vivons sous une République aujourd'hui.

Notre livre phare pour cette période, c'est La Révolution française, de Guyon et Brochard : de grandes illustrations très précises, des textes abordables, il est parfait ! Et permet d'approfondir certains évènements pour les petits curieux.


Alors, qu'en pensez-vous ?

Comment gérez-vous la violence de notre monde dans ce que vous dites à vos enfants ? Je suis avide de témoignages, merci ! 

L'imagerie de l'histoire et figurine Papo (non rééditée)

Sur le blog, d'autres articles sur l'Histoire de France :
- Entrer en Histoire
- Jules César et Vercingétorix
- "Enseigner" l'Histoire de France ?