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samedi 17 février 2018

Jouer "en aveugle"


Je crois que tous les éducateurs de la petite enfance s'accordent aujourd'hui sur l'importance du jeu sensoriel. Ce qui est amusant, c'est qu'il n'en soit plus guère fait mention dès que l'enfant entre à l'école élémentaire ...

En devenant Maman, j'ai expérimenté dans ma chair, pour ainsi dire, l'importance de fournir à mes jeunes enfants des matériaux et des jouets qui nourrissent leurs sens. Le bébé est un "organe sensoriel", oui : il est le monde à travers ses sens, il n'apprend que par les sens. Mais à bien y réfléchir, cela est vrai tout au long de la vie. Mes sens sont la seule passerelle entre moi et le monde, et tout ce qui me vient de lui (le monde) transite par eux (mes sens). On aura beau tourner la chose dans tous les sens (sic), on en reviendra toujours à ça : je le sais, parce que mes sens me le disent.

Mes enfants grandissent, mais je continue de constater à quel point les matériaux "sensoriels" sont des stimuli efficaces - à la fois apaisants et vivifiants. Le bois naturel, la laine, les étoffes, les doudous tout doux, le verre étincelant, voire un certain plastique de qualité (car il y a bien des degrés, dans la qualité du plastique aujourd'hui, ah !)... Et les cailloux lisses dont ils remplissent leurs poches à chaque promenade, le sable, la neige et la gadoue ...

Surtout la gadoue. 😁 En ce moment, c'est dingue, dès que mes enfants jouent dehors une petite heure, je suis obligée de passer la panoplie manteaux + écharpes + gants à la machine. Et je ne parle pas des chaussures, parce qu'elles, elles se lavent toutes seules. Dans les flaques.😁

Que les expériences sensorielles nourrissent le développement cérébral, c'est aujourd'hui prouvé. Des milliards de voies neuronales se forment et se musclent sous l'effet d'expériences sensorielles répétées. Et je ne crois pas que notre matériel sensoriel - qu'il soit montessorien ou non - soit relégué au placard sous prétexte que mes enfants ont passé (ou vont passer) la barre fatidique des 6 ans

Si comme moi, vous avez acquis quelques éléments de ce matériel (tour rose, blocs de cylindre ...), et vous craignez qu'il ne prenne la poussière, essayer ceci : proposez à votre enfant de réaliser ces activités en aveugle. C'est très amusant, à condition de le prendre avec légèreté. Car il est difficile, et souvent frustrant, pour un enfant, d'être privé du sens de la vue ! Le mieux est que l'adulte montre l'exemple en réalisant lui-même l'exercice d'abord, avec un bandeau sur les yeux : cela lui permet de se rendre compte de la difficulté et puis, les enfants adorent voir leurs parents tâtonner ! 😄 Cela dédramatise l'exercice.

Ensuite, on n'oublie pas de s'amuser. L'adulte peut guider doucement les doigts de l'enfant vers les indices tactiles lorsqu'il le sent perdu, afin qu'il ne s'enlise pas dans une impasse.  On ferme les yeux (re-sic!) lorsque l'enfant louche sous son bandeau pour prendre des indices... Ce n'est pas "de la triche", c'est une vérification. Un manque de confiance dans ses autres sens, dans ce monde où la vue est tellement investie ... Peu importe les quelques coups d'oeil subreptices : lorsque l'enfant sera prêt, il n'aura plus besoin de tricher.

Avec un peu d'exercice, ces petits jeux deviennent vite très prisés ! 

Et quelle fierté quand, en ôtant le bandeau, on constate qu'on a réussi ! 😊

jeudi 8 février 2018

Jeu de 7 familles : les animaux {Printable}


Petit passage express par ici pour partager un petit jeu tout simple dont mes enfants ne décrochent plus depuis une semaine. Cela faisait longtemps, faute de temps, que je ne m'étais attelée à une fabrication, et j'avoue que je ne le regrette pas le temps que j'ai passé sur celle-ci : Antonin et Louiselle ont suivi le projet depuis la genèse, donnant leurs grains de sel, manipulant, découpant, plastifiant ... Avant même d'être achevé, il a été très investi - et l'est encore plus depuis. Bref, je ne pouvais pas le garder pour moi !

C'est un bête Jeu des 7 familles, sauf qu'ici il y en a 9, des familles, et que chacune est composée de 4 cartes seulement : le mâle, la femelle, le petit et leur cri. Les animaux sont familiers, et l'ensemble peut paraitre un peu simpliste, mais je gage que que chacun d'entre ceux qui décideront de le manipuler apprendra (au moins) un petit quelque chose ! 😉

La présentation et le choix de la police fait que la Damoiselle de 5 ans et demi peut y jouer en toute autonomie, ce qui n'est pas le cas de tous les jeux de 7 familles que nous possédons. Et devinez quelle est la famille préférée de Louiselle, celle qu'elle tente à tout prix d'obtenir, au mépris des stratégies de jeu les plus élémentaires, et que je regrette presque, de ce fait, d'avoir incluse dans notre sélection ?? 😄

Cartes taille réelle.

Quelle surprise.

Antonin, quant à lui, prend plaisir à déchiffrer le nom des familles scientifiques, et à conjuguer l'infinitif du cri - oui, alors c'est un truc nouveau, la conjugaison, faudra qu'on en parle un de ces quatre... 😊

En prolongement, on écoute le cri des animaux du jeu (et de bien d'autres !) via des sites comme celui-là, et on s'amuse à les imiter.

Bref, c'est du bonheur en boite - enfin, en cartes, et celles-là ne sont pas prêtes d'être reléguées aux oubliettes.



Il comprend les familles des chats, des chiens, des lions, des renards, des lapins, des loups, des canards, des moineaux et des chevaux.

Fabrication :

Je l'ai imprimé sur un papier un peu épais, puis j'ai collé du papier adhésif uni au dos de mes feuilles : l'idée était de gagner en opacité et en solidité, je suis ravie ! Notre jeu ressemble à un  "vrai" jeu de cartes !

J'ai découpé les cartes avant de les plastifier ; cela permet, lorsqu'on re-découpe une seconde fois (...), de laisser un liseré d'un ou deux millimètres autour du papier. C'est important si, comme moi, vous les doublez, sinon le plastique finit par se décoller !

Bonne fabrication, et amusez-vous bien !

dimanche 4 février 2018

Souvenirs de janvier {2018}

Collection de petits trésors du mois passé ... 


- Découvrir un nouveau jeu de logique (Antonin, 7 ans).

{Cubissimo, de Djeco, dès 6 ans}

- Confectionner des cartes de vœux très personnelles.


- Tester nos tampons à biscuits et réaliser des sablés jolis, jolis, jolis !

{Tampons Delicia)

- Finir les vacances sur une fête. 


- Concevoir et fabriquer sa couronne des rois.


- Renouveler le buffet des oiseaux du jardin (mélange pour perruche + margarine, graines de tournesol, fruits, pop corn nature).

{Stella, reine de neige, Marie-Louise Gay}


{Perles d'eau et dinette}

- Jouer au loto des oiseaux.

{Mémo Nature, Oiseaux des parcs et jardins}

- Écrire en cursive (Louiselle, 5 ans).

{Prénom rugueux tout doux DIY}

- Explorer l'Europe (Antonin, 7 ans).

{Coloriage et maquette Auzou : Les monuments du monde}

- Se régaler au gouter : gâteau arc-en-ciel et Baba Yaga.

{Baba Yaga, version de Géraldine Elshner et Aurélie Blanz}

- Être invités à dessiner.


- Apprendre à lire un plan (Louiselle, 5 ans).

{Chasse aux trésors}

- Investir son bureau (Antonin, 7 ans).

{Avec, entre autres, le très beau Zoom des z'animo de Lacombe et le très classique Traces et empreintes de Labarre}


Bonjour, Février ! 😊

dimanche 21 janvier 2018

La mort, etc. (2)


"Moi, dit Louiselle, 5 ans et demi, je serai invitée à ton enterrement, Maman. Mais toi, tu ne seras pas invitée au mien. Parce que tu seras déjà morte.

- Ben, oui, rétorque Antonin, 7 ans. D'abord, ce sont Papy et Mamie qui vont mourir, parce que ce sont les plus vieux. Ensuite, ce sera Mamayou, puis Papa, puis toi, puis moi et Louiselle en dernier."

"Sauf si, ajoute-il après une légère pause, on meurt d'accident ou de maladie".

Le ton de la conversation est badine, et mes enfants sont loin de réaliser le gouffre d'angoisse qui, dans le monde des adultes, réside dans ce "sauf si". Puisqu'on meurt lorsqu'on a fini sa vie, l'ordre des décès est régi par un algorithme rigoureux - décalque logique de l'ordre des naissances. 

Mes enfants parlent de la mort très souvent - nous avons sur le sujet une belle discussion hebdomadaire, au moins. L'absence totale d'inquiétude qu'elles contiennent n'est pas sans m'émerveiller... 

Il faut dire qu'à la campagne, la mort est partout. Chaque petit cadavre découvert est l'occasion d'un vrai chagrin - et d'une forte impression. Le regard des morts, en particulier, a quelque chose qui ne trompe pas. "Un mort, c'est un mort, dit Antonin, ça se voit tout de suite." "Est-ce qu'on meurt toujours les yeux ouverts ?" demande Louiselle ? Il semblerait que oui. Et puisque je n'ai pas encore le cran de fermer les paupières figées des tourterelles, campagnols et lézards, nous les enterrons ainsi. Yeux dans les yeux.

Car la mort est aussi l'occasion d'une authentique joie : l'enterrement ! Notre jardin se couvre de tombes dérisoires, creusées et décorées par les enfants. Ils savent exactement où repose qui, et se souviennent de chacun.

Pendant ce temps, les adultes font de leur mieux pour ne pas écrabouiller les frêles croix de bois et se réjouir de vivre parmi tant de bons esprits.

Veillez sur nous, petits fantômes de nos jardins ! 🙏

P.S. Il y a deux ans, j'écrivais déjà un article sur la manière dont mes enfants, 3 ans et demi et 5 ans alors, abordaient la mort. S'il vous plait de le (re)lire, il est ICI.

dimanche 14 janvier 2018

Une année pour donner envie d'apprendre


Ça y est, la date de parution de mon deuxième livre est arrêtée ! 😄 

Cela me fait un peu drôle, car dans les faits, les textes sont encore dans mon ordinateur ... ou dans ma tête, car il me reste un petit quart à rédiger d'ici fin février. Vous pensez comme je suis en plein rush en ce moment ... et pas du tout en train de me réjouir à l'idée du produit fini ! 😄 

Lorsque je suis en phase d'écriture de livre, je me régale, mais je n'ai plus aucun temps libre. Deux métiers à plein temps, lorsque les journées ne font que 24 heures et qu'il y a "tout le reste" à gérer, c'est sûr : c'est dur. Pour que tout puisse rentrer (et en particulier, le temps consacré aux miens), on s'organise.

Le dimanche, par exemple, comme aujourd'hui qui s'achève, est synonyme pour moi d'une grosse journée de travail, puisque mon Homme peut gérer largement les enfants.  Nous prenons le petit déjeuner tous ensemble, puis je file écrire jusqu'à la fin de la matinée. Les enfants font de la musique ou des jeux avec leur Papa, lisent ou jouent librement. Je reviens faire à manger, nous passons à table, puis mon Homme emmène les enfants faire une très grande promenade jusqu'à l'heure du goûter, pour que je puisse travailler. Lorsqu'ils reviennent, je me rends disponible pour un jeu, une lecture partagée ... A 17h30, les enfants prennent leur douche (toujours supervisés par leur Papa), pendant que je lance le dîner. De 18h à 19h, c'est mon cours de musique hebdomadaire (mon Homme est mon professeur !), les enfants ont pour consigne de ne pas nous déranger et de jouer dans leur chambre. 19h, je termine rapidement le dîner, nous passons à table. Suit la toilette, la lecture et une petite séance de sophro avec les enfants (je vous en reparlerai), qui sont couchés à 20h30. Je me remets au travail jusqu'à ce que je m'écroule devant l'ordi. Mon homme essaie de m'attendre en travaillant son piano ou en regardant un film (avec casque dans les deux cas). C'est dense, mais l'essentiel est que chacun parvienne à passer du temps avec chacun. Le boulot, c'est important. Mais notre vie qui passe l'est encore plus !!! ❤️ 

Et ce livre, donc ?

Ce volume se consacre aux 6/12 ans, pour lesquels il n'existe pas grand chose, je trouve, en terme de pédagogie domestique. Au programme ici : Lecture, Écriture, Mathématiques, Sciences, Arts, Histoire et Géographie. Le tout en adéquation avec les pédagogies alternatives ludiques que j'utilise au quotidien. J'espère que vous aurez autant de plaisir que nous à réaliser les très nombreuses séances de ce gros gros livre et j'ai hâte de vous le faire découvrir plus avant ! 

Cela vaut bien quelques nuits blanches, non ? 😊   

mercredi 10 janvier 2018

Fêtes des saisons : Sommaire


Lorsque mes enfants étaient âgés de 2 et 3 ans, j'ai ressenti le besoin d'ancrer ma famille dans des traditions qui ne m'avaient pas été transmises ... Je décidais alors, vous vous en souvenez peut-être, que nous fêterions chaque équinoxe et chaque solstice.


J'avais un peu peur, alors, de m'isoler dans une espèce de lubie : car enfin, QUI fête les saisons de nos jours ???

"Maman, la Nounou nous a dit qu'on était les seuls à fêter les saisons ?!"

Forcément, ça devait arriver. Et même si cette phrase est lancée avec légèreté par les enfants, qui, de toute façon, se contre-fichent (pour le moment) d'être les seuls ou non dans la mesure où EUX adoooorent célébrer les saisons, je ressens une petite pointe au cœur. Aïe, cette fichue impression d'élever mes enfants hors du monde. En décalage. Et cette petite peur qui va avec - peur qu'ils souffrent un jour de n'être pas "comme tout le monde" ...

Tâchons de considérer les choses avec objectivité. Mon entourage exprime parfois des réactions de surprise, donc. Soit. Mais finalement, en y regardant de plus près, je dirai qu'au contraire, ces petites fêtes "à notre sauce" nous connectent au reste du monde. Car enfin, ouvrez les yeux : TOUT LE MONDE fête les saisons (sauf notre Nounou, soit).

La preuve ? Les Schtroumpfs. 😊 Leurs aventures sont tissées de fêtes saisonnières. Trois albums sur quatre commencent par une grosse fiesta d'équinoxes - qu'ils semblent préférer aux solstices, oui, oui, j'ai étudié la chose d'assez près. Ha, alors, vous voyez bien qu'on n'est pas les seuls, hein ?

Hein ?

Bon, mais il n'y a pas que les Schtroumpfs. Une poignée de minorités, depuis l'aube de l'humanité et dans tous les endroits du globe, célèbrent les changements de saisons. Par exemple, en vrac, les Celtes, les Égyptiens de l'Antiquité, les Chinois anciens et modernes, tous les Chrétiens quelle que soit leur confession, les Aztèques, les Incas, les Mayas, les Étrusques, les Maures, les Arabes, les Perses, les Hommes et les Femmes du Moyen Age, et ceux de la Préhistoire. Des minorités, vous dis-je. 😊


Pour moi, fêter les saisons, c'est d'abord me sentir reliée à la Terre. Qui daigne nous porter, nous et nos petites familles, et dont les cycles naturels laissent en nous des empreintes si subtiles ... Elle mérite bien qu'on la célèbre ... au moins quatre fois dans l'année !!

C'est aussi une manière de m'ancrer dans une Culture ancestrale mondiale. Il s'agit peut-être d'une "nouvelle tradition", un peu excentrique, aux yeux de certains, mais pour nous, c'est le contraire. C'est l'occasion d'une véritable communion humaine, qui se fait au-delà du temps, de la géographie ou des religions.

Et sans aller si loin : je me sens reliée à vous ! Car nombreuses sont les familles (et même les classes !) qui m'écrivent pour me dire qu'elle célèbrent les saisons. Et que ça leur parait tellement simple, logique, et bénéfique. 💓

Isabelle Simon, Petites déesses et petits dieux

C'est une véritable communauté qui se construit autour de ces fêtes qu'il nous fait tant de bien de ressusciter !

C'est bientôt la Nounou des enfants qui va bientôt se retrouver "être la seule qui ...", je vous le dis, moi ! 😉

Je n'ai pas consacré d'articles cette année à nos fêtes des saisons. D'abord par manque de temps, mais surtout parce qu'elle sont assez répétitives. Mais comme je reçois beaucoup de questions les concernant lorsque je les évoque, je voulais, dans l'article du jour, concentrer tous les liens vers les articles les décrivant.

Sommaire des articles "Fête des saisons"


(Cliquez sur les intitulés pour accéder aux articles)

Équinoxes de printemps

- De nouvelles traditions.
- Fête du printemps 2014.
- Fêtes du printemps des lectrices 2014.
- Fête du printemps 2015.
- Fête du printemps 2016.

Solstices d'été

- Fête de l'été 2014. 
- Fête de l'été 2015.
- Fête de l'été 2016.

Équinoxes d'automne 

- Fête de l'automne 2014.
- Pour 2015, allez lire aussi la fête des Petits Homeschoolers ICI...
- ... et celle de Crapouillotage LÀ.

Solstices d'hiver

- Fête de l'hiver 2014.
- Fête de l'hiver 2015. 
- Fête de l'hiver 2016.

Et puis, et puis, je posterai peut-être tout de même les photos de nos fêtes saisonnières 2017 ... si vous n'êtes pas fatigués de voir des photos de lutins, de pique-niques, de feux de camp et de sablés ... Car oui, c'est un peu toujours la même chose, mais c'est aussi ce qui est bon ! 😊

Je vous souhaite à tous de belles reconnexions - qu'elles soient saisonnières ou non !

À très bientôt !

dimanche 7 janvier 2018

{J'ai lu : } Manifeste pour la Terre et l'Humanisme


À chaque fois que je partage nos lectures pour enfant, il y a quelqu’un pour me demander : "Mais TOI, que lis-tu ?" Une sorte de pudeur m’empêche souvent de répondre à cette question – je n’aime pas trop raconter ma vie, en fait, et je trouve que nos lectures nous définissent … beaucoup, peut-être trop !😊

A tel point d’ailleurs qu’un livre est souvent une vitrine. Vous entrez dans un bar ? Posez votre roman en cours bien en évidence sur votre table, il sera un peu comme une étiquette. Beaucoup de gens le font pour cette raison, je pense, plus ou moins consciente. De même, sur les réseaux sociaux, on voit se multiplier des posts d’une simplicité extrême : une photo du livre en cours, sans aucun commentaire ou retour. « Je lis ça », est visiblement un énoncé qui se suffit à lui-même.

Je sais donc que si je partage mes lectures, je m'enferme, du même coup, dans une sorte de stéréotype de moi-même. C'est pourquoi j’ai réfléchi longtemps avant de me décider, mais je me dis que je n'ai pas grand chose à perdre à tenter la chose sur quelques mois. Quitte à tout arrêter si je commence à m'asphyxier moi-même. 😊

D'un autre côté, réaliser une synthèse de chaque lecture est un exercice intellectuel intéressant, et qui permet de garder trace. Il me semble que j'aurai plaisir à revenir à mes notes - parce que mes lectures tissent mon rapport au monde (et ma parentalité en particulier) au jour le jour. D’ailleurs, vous verrez, les 3/4 des livres que je lis concernent l’éducation de près ou de loin.😉

Ah, ça y est. Vous les voyez venir ? Stéréotype et Asphyxie.  
 
Tant pis. Hier, j'ai terminé :



J’aime bien Pierre Rabhi. Je crois qu’il est l’un des seuls penseurs de notre situation socio-économique à replacer le débat dans le cadre qui est le sien : le Cosmos. La partie de l’ouvrage intitulée « La Symphonie de la Terre » est à couper le souffle. Pour moi, c’est le genre de vision qui me fait du bien. Car enfin, mon seul réconfort dans le fait que l’Homme soit en train de se suicider (enfin, de suicider ses enfants) est de penser que l’Univers n’en a cure. Que les corps célestes continueront leur danse froide et glacée, silencieuse, à la fois d’une extrême paix et d’une extrême violence, et que l'Humanité ne leur fait même pas l’effet d’une piqûre de puce.

« On peut imaginer le regard des cosmonautes dirigé vers la sphère mère, suspendue dans le firmament comme un véritable joyau avec ses reflets, ses couleurs évanescentes à dominante bleue. On peut imaginer, mêlée à la satisfaction d’avoir accompli une prouesse jusque là inimaginable, une probable angoisse insidieuse dans le cœur des terriens. Car du point de vue où ils la considèrent, la planète Terre apparaît avec une évidence grave et lumineuse comme la seule petite oasis de vie dans un incommensurable désert astral et sidéral. (…) J’ai entendu dire que des cosmonautes russes et américains, réunis pour je ne sais quelle circonstance, éclairés par leur exceptionnelle expérience, s’affligeaient de l’inanité des querelles idéologiques, politiques, religieuses de l’espèce humaine dans le contexte d’une réalité qui devrait inspirer la solidarité la plus profonde et déterminée. » (p. 67-68)

(Tenter d’imaginer la course de notre planète dans l’espace est l’un de mes sujet de méditation favori, d’ailleurs. Et un des plus efficace, une sorte de méditation express, qui me recentre en quelques secondes chrono. Je ressens un grand coup de stress ? Pense au Cosmos, ma fille, pendant deux petites minutes. Ah, ces masses gigantesques de roche et de gaz lancées dans l’espace à toute berzingue... Puis reviens sur Terre : où ça, du stress ? Allons donc. Qu'est-ce qu'on est bien en place, sur le plancher des vaches ...😊)

Les écrits de Pierre Rabhi ne sont pas réjouissants. Mais ils ne sont pas tristes non plus. Sans doute grâce à cette hauteur de vue.

Pierre Rabhi se définit comme un paysan ; pour moi, il est avant tout philosophe. Ses pages sur la Conscience humaine comme reflet de la Beauté du monde, sa définition très poussée de l’Humanisme contemporain, tout cela le place dans une lignée de penseurs classiques et modernes - il en a d'ailleurs pleinement conscience et a lu ses classiques. 😊

Et l'éducation, dans tout cela ?

«  Dans l’ordre du possible constructeur d’humanisme, nous pouvons éduquer les enfants à la solidarité, au respect de la vie, à la gratitude, à la modération et à la beauté qui s’offre à profusion à notre admiration. On voit s’ériger des générations d’enfants qui faute d’un éveil à la vie sont réduits à n’être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes. L’éducation ne semble pas prendre en compte les fantasques mutations du monde et la nécessité de préparer les générations à venir aux grands défis du temps présent. Une réforme profonde nécessiterait entre autres d’abandonner l’esprit de compétition pour la complémentarité et l’émulation, d’encourager le rapprochement avec la nature pour mieux la comprendre et la respecter, de réhabiliter le travail et l’intelligence des mains. » (p. 97)

L'éducation est bien sûr au cœur de la problématique humaine – l’a toujours été – et est présente, sous la plume de Pierre Rabhi, en filigrane, à chaque détour de phrase. Mais le paragraphe ci-dessus est le seul de l'ouvrage qui soit entièrement consacré à ce sujet, et l'un des seuls d'ailleurs qui offre des amorces de "solutions" pratiques.

Car à aucun moment l’auteur ne nous dit ce qu’il faut faire. Si vous cherchez des conseils sur la manière de mener votre vie, ce qu'il faut acheter, où il faut vivre, etc., passez votre chemin. Pierre Rabhi ne fait pas dans le "Faut qu'on/Y'a qu'à". Pierre Rabhi décrit, et dit : Voilà, tu sais maintenant. À vrai dire, tu le savais déjà. Tout le reste ne concerne que ta conscience.

« Par conscience, j’entends ce lieu intime où chaque être humain peut en toute liberté prendre la mesure de sa responsabilité à l’égard de la vie et définir les engagements actifs que lui inspire une véritable éthique de vie pour lui-même, pour ses semblables, pour la nature et pour les générations à venir. » (p. 11) 

Hein qu'c'est dur, la Liberté ... 😶