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mercredi 25 novembre 2015

Affairement de novembre


Moi, en novembre, ça ne me dérangerait pas que tout s'arrête. Novembre devrait être chômé, oui, et toute réunion autre que familiale interdite. Novembre me rend encore plus casanière que je ne le suis - si, si, c'est possible. Je pense d'ailleurs que l'être humain est fait pour hiberner, en pyjama, blotti sur son canapé sous une couverture de laine... Novembre devrait ouvrir le bal d'une longue somnolence de quatre mois où nous ne ferions rien d'autre que manger, boire et dormir... Voilà ! ;-)


Mais Novembre ne l'entend pas de cette oreille. Je ne sais pas chez vous, mais ici, cela n'arrête pas. Les réunions pour le travail s'enchainent, les invitations aux amis ou chez les amis se succèdent. Les communes proposent des activités passionnantes - débats sur l'éducation ou l'actualité, après-midis contes, petits concerts et spectacles divers... Nous sortons à tout va. Nous recevons. Et nous partons chaque matin de la semaine, chacun de notre côté, pour vivre notre journée de travail, non sans un certain enthousiasme de la part des enfants qui me surprend toujours agréablement.


Car mes enfants développent toutes sortes de liens avec l'extérieur - des relations, nourries et sous-tendues par leur appétit de vivre, de découvrir, d'apprendre par le monde et dans le monde. Mes enfants, au contact des autres, grandissent. Il y a des soirs, où, épuisée, attristée par le monde de l'éducation (et le monde tout court), je rêve de repli domestique - les sirènes de l'IEF connaissent les chansons qui flattent mon oreille ! ;-)

Mais mes enfants reviennent de leur journée passée sans moi. Ils sont heureux, droits et fiers - ils connaissent tout un tas de nouveaux mots (dont certains sont assez "gros") qu'on emploie pas à la maison. Ils ont goûté de nouveaux aliments ("Moi, Maman, j'aime le ketchup ! - Ah bon ? Mais tu manges ça avec quoi ? - Ben, de la viande ! - Ah ? Euh... Mais quel genre de viande ? - Ben, du poisson !"...), ils ont rencontré "La reine des neiges" (?), les "Robocar Poli" (??) et deux ou trois expressions en anglais qui les ravissent (mon homme et moi sommes rebaptisés "Mum and Dad" depuis quelques semaines...)...


Mes enfants reviennent de leur journée sans moi - et se jettent dans mon giron. Et tous, nous poussons le même soupir un peu béat : "Quelle journée !". Et nous apprécions le confort, la paix, la sécurité, et le fait que cette maison soit la nôtre.


Mes enfant développent toutes sortes de liens avec le monde. C'est de leur âge. Et moi, à mon âge, j'éprouve un besoin de resserrement autour de nos traditions familiales en construction. Si je suis de jour en jour un peu plus persuadée de leur côté structurant pour mes enfants, je découvre aussi à quel point j'en ai besoin, moi, en tant que parent. Ces petits "rituels" ne méritent peut-être même pas ce nom, tant ils revêtent des visages variés d'une année à l'autre. Mais c'est comme un rendez-vous que la saison nous donne...


Et en novembre, ici, nos rendez-vous, furent... :

LA RÉCOLTE DES KIWIS



"Ça y est, ce soir, il va geler.", me dit mon homme.

Nous échangeons un regard. Il va geler. Et nos kiwis ?

Les kiwis ne supportent pas le gel. Ils doivent rester sur l'arbre le plus longtemps possible, être cueillis juste avant les premiers grands froids et être entreposés dans un lieu sec et frais en attendant Noël - date à laquelle ils commencent à être comestibles. La récolte des kiwis, depuis que nous habitons cette maison, a toujours été l'objet d'une planification rigoureuse car nous avions, les années passées, plusieurs kilos à recueillir. Cette année, nous nous sommes endormis sur nos lauriers et pour cause : nos actinidias ayant subi une taille radicale au printemps dernier (de temps en temps, cela fait du bien), ils n'ont produit que quatre fruits. Quatre kiwis de taille moyenne qui ne nous coûteront pas grand peine le jour J, n'est-ce pas ?

"Ça y est, ce soir, il va geler.", me dit mon homme.

Nous échangeons un regard : et nos kiwis ? Ils ne sont que quatre, c'est sûr, mais nous y tenons, à nos kiwis. Leur rareté cette année nous les a rendu encore plus précieux - je nous vois bien les déguster en carpaccio le soir du Réveillon. Nous échangeons un regard... puis nos yeux se portent vers la fenêtre. Il fait nuit. Il fait froid. 

"Tu t'y colles", dis-je. "Je suis en train de préparer le repas."

Mon homme rechigne, puis considère les enfants qui s'agitent au salon - l'avant-dîner est toujours une heure compliquée...

"Bon, l'un de nous y va, et l'autre reste avec les enfants ?"

Les petites oreilles se dressent.

"Nous aussi, on veut y aller !! "

(Aller où, ils ne le savent pas encore, mais une chose est sûre : ils veulent y aller !)

Bon, alors c'est décidé : nous irons tous. Sous une bonne couche de manteaux et avec une lampe de poche, qu'Antonin aura pour mission de braquer correctement pour éclairer les fruits à cueillir.

Nous rentrons victorieux - ouf, le quatrième kiwi s'était caché, le bougre ! - le rouge aux joues, ravis de retrouver la lumière, la chaleur, et le repas fumant -, et nous déposons nos quatre trésors dans une coupelle, fiers comme si nous les avions rapporté du ciel.

Et d'un rituel, un ! ;-)

LA PREMIÈRE NEIGE


Ce dimanche-là, nous avions prévu d'aller à la piscine.

La veille au soir, après avoir couché les enfants, nous constatons qu'une belle neige tombe à flot dans la nuit - une neige de novembre, molle et gorgée d'eau, dont les pseudo-flocons tombent trop vite et fondent aussitôt au contact du sol chaud. Le spectacle est agréable, nous regrettons qu'il survienne si tard et que les enfants n'en puissent profiter. Mais bon.

Le lendemain, nous ne remarquons rien d'anormal et sommes toujours dans l'idée d'aller nager... Jusqu'à ce que j'ouvre les volets de la chambre de Louiselle. Je suis alors au deuxième étage de la maison, côté est, et j'ai une vue de choix sur le sommet du coteau.

Il est blanc.

Changement de programme. Nous exhumons les combinaisons de ski, les bonnets et les gants, et nous partons à la rencontre de la première neige de la saison. Les enfants ont insisté pour que nous emportions la luge. Nous avons refusé, en leur expliquant qu'il ne s'agissait que d'une fine couche de poussière glacée, à peine plus épaisse que le gel, et qu'il n'y aura pas matière.

Nous avions tort.

La balade fut extraordinaire - une friandise : un jour d'hiver au plein cœur de l'automne.

La neige fut piétinée, goutée, assemblée... nous fîmes des dessins sur les talus, des batailles de boules, une ébauche de bonhomme... Nous jouâmes dans une cabane abandonnée, qui, emmitouflée dans ce blanc manteau, se donnait des airs de gîte...

Et nous rentrâmes transis - j'adore quand Louiselle décrète, trempée et grelotante, après s'en être donné à cœur joie pendant une heure : "Moi, je ne veux plus JAMAIS voir la neige !!" Ce qu'il y a de bien, aujourd'hui, c'est que c'est un peu pour de faux ! :-D

Et au retour : déjeuner de crêpes et de chocolat chaud. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Et de deux rituels, deux ! ;-)


Novembre est un mois magnifique. Sûr qu'il serait dommage de le passer sous une couverture en pyjama. Vous ne trouvez pas ?

Je vous souhaite une excellente fin de semaine - ce mois magique s'achève, et QUI va bientôt arriver ?? ;-)

18 commentaires:

  1. En effet, quel joli mois ! Ici aussi on n'a pas chômé, mais là depuis le début de la semaine, j'avoue que je commence à hiberner :-) !
    Question annexe : votre nouveau chat (magnifique !!) remplace-t-il le précédent ou vous vivez désormais avec deux chats ?!

    Sinon, je suppose que ce qui va arriver chez toi est la même chose qui va arriver chez moi ce samedi si tout va bien ?! Et qui est très attendu par Soren ! C'est la première année qu'il parle du sapin de Noël depuis début novembre ! D'ailleurs aujourd'hui pour patienter on a fabriqué un petit sapin en carton. Nous l'avons peint et décoré tous les deux, et je trouve qu'il habille déjà très bien notre table !

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    1. Coucou, Boubou ! ;-)
      Et non, nous ne vivons pas avec deux chats... Le précédent nous avait adoptés, et je ne lui avais pas trouvé de maitres malgré une enquête dans le quartier... Il en avait. Qui, sans se manifester, il y a trois mois, ont repris leur chat la veille de leur déménagement on ne sait où... :-/

      Super, le sapin en carton, j'aime beaucoup cette idée ! :-)

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    2. Oh non Elsa, il faut pas me raconter d'histoire triste comme ça...ça a du être difficile pour vous... Les gens sont bizarres, parfois. Je dis ça quand je n'ai pas d'autres explications rationnelles ;-).
      En tous cas Loup est magnifique et a l'air adorable !

      Le sapin en carton vient de la maternelle de Moustache !
      Et le vrai est arrivé chez nous samedi dernier ! Décoré dès le lendemain, Soren n'arrête pas de s'exclamer "oh ! comme c'est beau !", il le dit même à Ganesha, qui n'a pas l'air très sensible à cet esthétisme, et qui recherche surtout la chaleur des radiateurs et des plaid sur le canapé !
      Vive décembre, on va enfin pouvoir ralentir en prétextant qu'il fait froid, nuit etc.

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    3. Oui, Boubou, notre premier chat nous manque... C'est plus fort que moi, je me dis toujours qu'il va débarquer... Qui sait ?

      Hé, pour quand est prévu le/la petit(e) cadet(te) ?? Je veux penser à toi le jour J !! :-)

      (Tu verras : le deuxième accouchement n'a rien à voir, on "lit" ce qui se passe dans notre corps - rien à voir !!)
      :-D

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  2. Je le trouve très beau ce message...

    J'aime l'hiver et je suis contente qu'il commence enfin à pointer le bout de son nez... comme souvent c'est la période où je commence à murmurer des chants de Noël à la moindre occasion... Mes enfants et mes élèves aiment ça !
    Ici en ce moment les levers et couchers de soleil sont magnifiques sans parler de la plein lune de ce soir !

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    1. Malgré tout l'amour que je porte à ma nouvelle région montagneuse, je dois dire que je suis une frustrée des couchers de soleil, et que de ce point de vue, la Normandie me manque !!! :-D

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  3. Ohh cette neige, quelle chance!! La récolte des kiwis était un rituel chaque année pour nous aussi mais la maison familiale a été vendue... ça nous manque, nos kiwis locaux ;-)
    J'aimerai tant que mes filles rentrent heureuses tous les jours d leur journée, mais ici c'est plus difficile ... ennuie pour l'une certains jours, d'autre jour ravie d'y aller car il y'a ordinateur et pour ma mini elle décharge tous les midis les bruits, le monde, les bousculades et aimerait tant rester à la maison. Les sirènes de l'IEF m'appellent de plus en plus qd je les vois comme ça ... Il va falloir vraiment que je pèse le pour et le contre assez vite.

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    1. Arf, navrée pour tes filles... Je pense bien à toi, c'est tellement difficile de faire des choix en tant que parents... Ici, mon rapport à l'école devient de plus en plus ambigu, et je ne suis pas sûre que cela soit un bon "héritage" pour mes enfants... Dur, dur de faire au mieux, je trouve... :-/

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  4. Ton texte harmonieux et des lumineuses photos apportent de la douceur à notre mois de novembre assez chaotique :)

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  5. Ton article m'a fait sourire ! Figure toi que, depuis la semaine dernière, mes deux grands (3 et 5 ans) parlent de "robocar poli" à tout va ! ("les robo-quoi ????" "bah les robocar poli maman !"). Je ne sais pas qui sont ces "robocar poli", mais leur marketing doit être sacrément bon... Je craignais, avant, que mes enfants soient "déconnectés" de la réalité en n'ayant pas la télévision à la maison : et bien visiblement, non...

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  6. Voilà un billet qui me donne envie de se cocooner et de vivre pleinement des instants en famille ! Chez nous, la neige n'est pas au rendez-vous malgré les invocations mystérieuses des enfants pour l'appeler !

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    1. La neige ici a fondu très vite. La "vraie" arrivera en hiver, il faut encore un peu de patience ! ;-)
      Neige-t-il souvent dans ta région ?
      (En Normandie d'où je viens, c'était une fois tous les dix ans, grrr... Mais en Bourgogne d'où je viens aussi, on avait un Noël blanc une fois sur deux...!!). :-)

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  7. Des kiwis et de la neige dans la même maison ! Je suis un peu jalouse.
    Moi, c'est l'inverse, novembre st toujours très calme, un mois au ralenti que je n'aime pas. J'aimerai plus d'actions, de sorties, de balades.

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    1. Et oui, le grenoblois est un pays de cocagne ! Je dois dire qu'il y a une chose que j'aime ici par dessus tout : c'est le climat, avec son taux ensoleillement exceptionnel et ses amplitudes thermiques bien marquées... J'aime quand une saison est une saison, et de ce point de vue, on est bien ici ! :-)

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  8. Bonjour, Elsa.
    Après des semaines (mois ?) de pause "survie" pour cause de séparation, je reprends mes distractions favorites.
    Je retrouve dans cet article ce que j'ai toujours aimé dans ton écriture, ce qui me fait me sentir connectée à ton quotidien : le goût pour les moments simples vécus en pleine conscience , pour les traditions non consuméristes et la contemplation des surprises saisonnières.

    Te lire éclaire mon après-midi, je fais le voeu que tu trouves toujours un peu de temps pour continuer à écrire ...

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  9. Bonjour, Elsa.
    Après des semaines (mois ?) de pause "survie" pour cause de séparation, je reprends mes distractions favorites.
    Je retrouve dans cet article ce que j'ai toujours aimé dans ton écriture, ce qui me fait me sentir connectée à ton quotidien : le goût pour les moments simples vécus en pleine conscience , pour les traditions non consuméristes et la contemplation des surprises saisonnières.

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