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mercredi 28 janvier 2015

Premiers pas en sophrologie


Antonin et ses colères.

Je ne vous ai jamais caché l'énorme problème que nous avions face à cela, n'est-ce pas ?

Nous cheminons - et nous avançons, si ! Ce ne sont pas des colères ordinaires. Il s'agit d'en chercher les causes, et cela se fera dans le temps - et certainement avec un peu d'aide.

Différents acteurs sont sollicités autour de ce problème. L'un d'eux est ma professeure de sophrologie - dommage, elle ne s'occupe des enfants qu'à partir de 7 ans. Néanmoins, je lui parle souvent d'Antonin, je fais sur moi-même un énorme travail sur les sentiments que ces "crises" génèrent chez moi durant les séances qu'elle me propose. Elle me donne des conseils, des idées de petits exercices à proposer au Damoiseau, mais jusqu'à présent je ne voyais pas comment les mettre en pratique. Dire à mon fiston en ébullition : "Allez, on va faire le coup de poing karaté !", je ne sentais pas, point.

Antonin est pudique. Sa maitresse me l'a encore dit hier. Il s'était cogné fortement la tête en tombant, et elle s'est précipité vers lui. Négation : "Je n'ai pas mal." L'expression de son visage semblait pourtant dire le contraire. Lorsque je viens le chercher quelques minutes plus tard, il se précipite dans mes bras, me serre fort et chuchote contre mon cou, comme s'il s'agissait d'un secret : "Maman, je me suis fait mal en tombant du banc.".

Pudique sur ses sentiments, aussi, ses émotions. Ceci explique bien sûr cela. Les colères d'Antonin sont des épisodes de décharge, nous le savons depuis le début...

Bon, tout ça, c'est bien joli, mais que faire ?

Une "crise" comporte toujours trois étapes :

1. L'aurore : Antonin devient grincheux, refuse, pleurniche. Une fois, vingt fois. Il cherche délibéremment à attirer notre attention, en faisant exactement ce qu'il sait qu'on ne veut pas qu'il fasse. Cela peut aller assez loin au fil des minutes - crier, taper, se précipiter en aveugle sur une route fréquentée. L'objectif semble être que l'adulte se fâche. Il arrive que cet objectif soit atteint.

2. Switch. Je ne sais pas comment le dire autrement. Soudain, quelque chose lâche. Comme un commutateur qui se mettrait en position alternative. C'est quelque chose que la littérature classique a poétisée à travers des œuvres telles que L'étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde. Étrange cas, oui, en vérité. Antonin s'en va.

3. Antonin est perdu dans les limbes. Il n'est plus là. Sans doute est-il en train de vivre un gros cauchemar dans une dimension parallèle. À la place, il y a un tourbillon d'énergie pure qui hurle son désespoir, sa peur et sa fureur. Cela aussi, la littérature classique l'a bien théorisé... J'en tremble rien que de l'écrire, mais c'est vraiment atroce pour moi d'avoir entre les bras cet être exprimant toute la misère des hommes et de leurs milliards de milliards de vies antérieures - ou un truc comme ça, en tous cas, quelque chose de beaucoup trop lourd pour Antonin comme pour moi.

Dans les faits, si la deuxième étape a lieu, la troisième suit nécessairement, et personne n'a plus aucune emprise sur les évènements. La troisième phase ne laisse aucun espace à une quelconque "gestion" par l'adulte et tous les bons - ou nettement moins bons - conseils que j'ai pu lire sur le sujet ne sont, à ce stade d'aucune aide. La seule personne qui nous ait donné un outil viable est Aletha Solter : il n'y a effectivement rien d'autre à faire alors que d'être là et écouter...

Si on parvient à éviter la crise, c'est dès le premier stade qu'il faut agir - qui n'est d'ailleurs qu'un long et maladroit appel au secours, durant lequel Antonin est visiblement très malheureux et démuni face à ce qui va suivre et qu'il pressent. C'est très difficile, mais on parvient parfois à éloigner la colère - rarement - grâce aux méthodes classiques (câlin, détournement d'attention, voire raisonnements et explications maintenant qu'Antonin est un peu plus grand). Mais : cette tentative est fortement aléatoire, et peut aussi avoir comme conséquence d'accélerer le processus (ce que je comprends tout à fait : toutes ces pis-aller ne font que nier l'émotion qui affleure). De plus, je reste persuadée que la 3e phase est cathartique, et qu'à essayer de l'éviter, on ne fait en réalité que la reculer...

La question est : comment permettre à mon enfant d'exprimer ses émotions personnelles autrement que par des scènes qui nous ravagent et nous épuisent... tous ?


Et j'en reviens à mon idée première : la sophrologie le permet.

Alors, faut-il que j'enseigne à mon enfant "le coup de poing karaté" ?

Cette technique est excellente, la voici : "armer" votre bras en le pliant : serrezle poing et en ramenez le coude en arrière sur l'inspire. En apnée, serrez fort votre poing en visualisant "dedans" toute votre émotion négative (nommez-la en amont). Expirez très fort, en laissant un son sortir librement de votre corps, et en lançant vivement votre main vers le sol comme pour jeter quelque chose à terre. On le fait 3 fois avec la main droite, 3 fois avec la main gauche, 3 fois avec les deux mains.

C'est vrai que ça soulage ! :-D
Mais c'est une posture plus difficile qu'il n'y parait. En particulier, le fait d'accepter de crier au moment de la décharge peut bloquer certaines personnes en séances collectives - d'autant que le son émis alors ne ressemble à rien de civilisé, c'est rauque, guttural, très thoracique, bizarre... ! Mais je vous le dis, ça soulage !

Seulement voilà : Antonin et le "coup de poing karaté" ???
Je ne le sens pas.
Antonin est pudique, je vous l'ai dit. Jamais il n'acceptera de sortir un tel son, jamais il n'osera se plier à ce geste de jeté. Trop théâtral pour mon Damoiseau.

J'étais un peu bloquée.

Et puis, il y a eu ce texte, publié chez Nawel, Zélie & co, que j'ai lu sur un téléphone portable, planquée sous une couverture, alors qu'Antonin dormait à côté de moi - il était hospitalisé pour son amygdalectomie, et nous couchions dans la même chambre. Aujourd'hui encore je ne peux pas le lire sans pleurer ! Décharge, sans doute... Car je sens qu'il me fait beaucoup de bien, et m'a aidé à trouver la manière dont je pouvait parler de tout cela au Damoiseau.

Les premiers mois, ce fut clairement abstrait pour Antonin.

Mais 4 ans est un âge formidable.

Depuis quelques semaines, voilà :

Lorsque la phase 1 de la crise se prépare, je dis : "Antonin, est-ce que tu as une émotion ?" - "Oui."

(Parfois, c'est non, car je peux m'être trompé, et il peut ne s'agir que d'un coup de fatigue, une frustration légitime à son âge, ou n'importe quel motif identifiable).

"Elle est où, cette émotion ?
- Là."

Antonin me montre invariablement sa gorge. En sophrologie, nous apprenons aussi à localiser nos émotions dans notre corps. Les enfants semblent plus aptes que nous à faire cet exercice tout naturellement !

"Qu'est-ce que c'est, comme émotion ? Tu peux lui donner un nom ?
- C'est la colère."

Je ne suis pas sûre que c'en soit vraiment. Mon homme et moi avons donné ce nom à cette émotion non identifiée car elle utilise le canal de la colère pour s'exprimer. Antonin reprend ce mot, je pense, parce qu'on le lui a fourni. Ce n'est pas grave, il affinera avec le temps. Le principal, ici, c'est qu'elle soit nommée, mais c'est symbolique - on pourrait aussi bien l'appeler "bulle" ou "cacaboudindum".

En sophrologie, on nous apprend à évacuer les tensions de la gorge en basculant le menton sur la poitrine ; mais Antonin refuse ce mouvement. J'ai alors décidé de proposer un exercice plus simple, et plus essentiel - retour au souffle !

"Bon. Tu vas faire sortir la colère en soufflant et moi je l'attrape, d'accord ?"

Je tends ma main devant la bouche d'Antonin et il souffle. Tout doucement, d'abord, très timidement. J'attrape la colère invisible dans mon poing et je la jette loin devant nous. Et on recommence. Antonin souffle de plus en plus fort. Je lui explique qu'à chaque expiration sa colère se fait plus petite. Il peut s'arrêter quand il sent qu'elle est partie. Il s'arrête au bout d'un moment, me fait un gros câlin... Et repart en gambadant, 100% lui-même.

Ceci n'est pas une recette magique, bien sûr.
Mais c'est un outil efficace, assurémment.

Et qui me semble pertinent à moi qui veut doter mes enfants de techniques pour gérer leurs propres vies... :-)

Antonin et moi sommes en train d'illustrer l'Histoire de bulles dont nous ferons un petit album, afin que nous puissions le relire quand on le souhaite. Merci du fond du cœur aux enfants qui l'ont écrit - et merci, Alexandra ! :-)

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