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vendredi 30 janvier 2015

Janvier 2015 : Langage

Louiselle a 32 mois.
Antonin a 4 ans.


Petit bilan "langage" aujourd'hui ! :-)

Lexique :


Nous avons loué à la ludothèque l'ancienne version de ce jeu : c'est encore un jeu de catégorisation, puisqu'il s'agit de trier des objets en fonction des magasins dans lesquels on les trouve. Très facile pour Antonin, tout à fait à la portée de Louiselle - qui décroche néanmoins avant d'avoir rangé les 10 x 6 cartes. C'est une bonne idée de jeu à faire soi-même, qui permet d'enrichir le lexique (à commencer par le nom des échoppes elles-mêmes : "animalerie", "primeur", "fleuriste"...). Nous le réemprunterons !


Ce n'est pas souvent que je propose à Louiselle les mêmes activités qu'à son frère au même âge... Tout simplement parce que leurs centres d'intérêts sont si différents ! Vous vous souviendrez peut-être néanmoins du tri "grand/petit" qu'Antonin effectuait à 25 mois... Le revoilà !


Je me souviens qu'Antonin m'avait étonné, lorsqu'à 2 ans tout juste il effectuait cet exercice à toute vitesse, sans se tromper (ou si peu), dans le plus grand silence. La Damoiselle a quelques mois de plus aujourd'hui que son frère alors, mais elle effectue l'exercice avec la même aisance. Par contre, c'est un véritable moulin à parole, qui met en scène chaque objet avant de le déposer dans son panier, ce qui donne des monologues tordants comme : "Moi aussi, dit la bouteille, je veux y aller ! Mais Ahhh, attention, je tombe ! Attention, la bouteille, tu vas tomber ! Tu es petite ! Bon, et la grosse bouteille ? Non, non, dit la grosse bouteille, moi, je veux pas y aller... Mais si, la bouteille...", etc. Elle s'éclate. :-)


Je ne sais pas où en sont vos enfants de 4 ans par rapport à ça, mais Antonin a vraiment tendance, dans la vie quotidienne, à dire un verbe pour son contraire (ouvrir pour fermer, mettre pour enlever, descendre pour monter, etc.). Ayant dégoté ce petit jeu ICI, je le lui ai proposé. Gros succés : avant même que je ne découpe les éléments, Antonin a promené mes feuillets contre son cœur pendant tout un après-midi. Nous avons "lu" les images plusieurs fois à sa demande. 

La mise en paire ne pose en soi aucun problème ; il s'agit surtout d'un prétexte à la verbalisation. Ceci n'est pas un jeu à faire en autonomie, et n'a aucun intérêt si on ne parle pas ensemble de ce qu'on voit !

Cet exercice m'a donné matière à réflexion, car Antonin est capable de nommer et d'expliquer tous ces contraires sans se tromper ("mince"/"épais" lui résiste un peu, mais c'est le seul : même le subtil couple "tirer"/"pousser" semble lui être évident !). Mon petit doigt me dit que ce n'est pas ainsi que je peux l'aider à ne plus se tromper dans la vie quotidienne, et que les canaux cérébraux mis en jeu pendant ce genre d'exercice ne sont pas les mêmes que ceux qui sont sollicités dans la vraie vie... Supputation basée sur mon seul feeling, je n'y connais rien en neurologie ! :-D

Graphisme :


Bien sûr, la confection de couronnes de rois et reines a été l'occasion d'un petit exercice graphique... libre...


... Mais le chouchou du mois écoulé est indubitablement le coloriage !


Antonin a franchi un palier certain. Il prend soin à présent de bien remplir les figures, soigne des aplats, joue avec les lignes du dessin.


Côté dessin aussi, ça se structure.


Mon Damoiseau ne semble pas très attaché à la belle progression que je vous ai présentée ici. Il boude décidément les bonshommes. Oh, il en dessine. Parfois. Rarement. Très rarement, en fait, mais il en dessine. Ce n'est pas un sujet qui semble le passionner pour l'instant.

Par contre, voici un hérisson criant de vérité...


... ou un bateau retroussé, voguant sur une mer rayée. Ma photo ne rend pas hommage à cette œuvre-là qui m'évoquait d'anciennes peintures orientalo-moyenâgeuses... et qu'Antonin a, in fine, totalement recouverte de peinture noire. Arg.


Sur ses fiches, la Damoiselle s'applique toujours à respecter des consignes tout aussi personnelles qu'exigeantes...

Fiche téléchargeable ICI

Et Antonin maitrise le sens du tracé de tous ses chiffres rugueux - à l'exeption du 8 et du 9.


Cela ne signifie pas qu'il sache encore les écrire "sans filet" (sans repasser ses lettres rugueuses, comme ici, ou des pointillés, sur ses fiches), mais tant mieux : la tentation à écrire "en miroir" est bien là, je préfère donc que sa main continue de mémoriser ces tracés à l'aide de supports.


J'ai d'ailleurs constaté, en l'accompagnant un matin à la porte de sa classe, qu'il travaillait sur cette compétence à l'école avec un support analogue (chiffres en pointillés à repasser sur support effaçable). Voilà un exemple de concordance parfaite entre ce qui l'occupe en classe et à la maison ! :-)


Les formes à dessin sont régulièrement utilisées... Dans un cadre aussi peu montessorien que possible, comme vous pouvez le constater. Hum, hum.


Pas question pour la Damoiselle d'être en reste : ce qu'on son frère fait, elle le fait ! Il ne s'agit jamais que de tenir un crayon, que diable, ça ne devrait pas être trop compliqué...


Antonin décore ses travaux...


Et Louiselle aussi ! Voilà !

Ceci fut un cercle gris, vous le voyez ? :-D

Pré-lecture :

Phonologie :

La phonologie et nous, c'est une histoire d'amour. À chaque repas ou presque, Antonin lance une recherche phonique : "Fromage... FFFF... FRRRR... Comme FRamboise !". Qui dit mieux ? "FR, comme FRileux", dit Maman. "Ou comme FRelon", dit Papa. "Comme ABEEEEEILLE !", s'exclame Louiselle au comble de la joie. :-D

Sauf que depuis quelque mois, la Damoiselle est de moins en moins à côté de la plaque. Et comme son frère joue à présent avec les sonorités finales, voire internes aux mots, je vois maintenant qu'elle suit, et plutôt bien. Et puisqu'en observant les manipulations de son frère la Damoiselle ingurgite la valeur phonique des lettres à vitesse grand V (capitale et minuscules d'imprimerie de front, s'il vous plait !), c'est une excellente chose que cette capacité à "lire" soit connecté quotidiennement à celle qui consiste à "entendre".

Les paniers phonologiques (plus connus chez nous sous le nom du "Jeu du petit œil") sont donc de retour !
[kʁejɔ̃], [vɛʁ], [aʁmonika], [pwasɔ̃], [nwa]

Ci-dessus, celui destiné à Louiselle : je prends un objet dans mes mains et dis : "Mon petit œil voit un objet dont le nom commence par le son [k] !", et Louiselle s'exclame : "Crayon !!!". Bon, vous me direz, c'est facile, j'ai l'objet entre les doigt. Oui. Pour être honnête, je pensais que Louiselle saurait repérer un objet parmi plusieurs si je lui donnais le premier son de son nom. Mais non, pas encore. Pourtant, spontanément, lorsqu'elle joue, elle est capable de plus difficile (rapprocher deux mots abstraits selon leur valeur phonologique). Une preuve supplémentaire, s'il en est, que l'enfant va plus loin dans le jeu que dans le cadre d'une activité structurée et que l'adulte, lorsqu'il cherche à évaluer, réduit toujours les potentialités de l'enfant et le sous-estime. Il faudrait une licence de neurologie pour enseigner, voilà deux fois que je me fais la réflexion en l'espace d'un article !

Enfin, en attendant, on rigole bien, et Louiselle adore son panier.

[vwatyʁ], [veʁu], [ano], [aʁmonika], [butɛj], [bwat], [pwasɔ̃], [pɔmdøpɛ̃]

Et voici le panier d'Antonin : "Mon petit yeux voit deux objets dont le nom commence par le son [v]". Antonin sort du panier la voiture et le verrou, et nous écartons le panier pour nous concentrer sur ces deux objets. "Mon petit œil voit un objet dont le nom se termine par [ʁ]." Antonin montre la voiture et essaie de trouver le dernier son de l'objet restant (en l'occurrence, le [u] de "verrou").

Reconnaissance phonique :


La reconnaissance des lettres minuscules avance lentement et sûrement. Nous venons d'introduire le "b" - dans l'idée de l'isoler le plus possible dans le temps du "d" auquel il ressemble trop ! - qui sera bientôt suivi du "r", très récurrent dans notre langue.


J'ai commencé l'alphabet mobile minuscule ! :-)

Une idée que je carressais depuis longtemps : je "peins" les lettres sur de petits cailloux à l'aide d'un feutre Posca - vanté à raison par une lectrice qui se reconnaitra ! ;-)

Pour guider mon tracé, et de façon à ce que mes lettres aient toutes le même gabarit, j'ai imprimé cet alphabet-là et j'ai utilisé la technique du poinçonnage : je perce des trous rapprochés avec une épingle tout autour de la lettre, que je pose ensuite sur mon caillou. Je repasse le contour de ma lettre avec le feutre ; j'obtiens une silhouette en pointillés qu'il me suffit de complèter.


Pour le moment, je n'ai fait que les voyelles, n'ayant qu'un feutre rouge. La suite (en bleu pour les consonnes et en vert pour les digrammes) à venir !

L'objectif ici n'est plus la mise en paire en tant que telle (reconnaissance visuelle) mais la reconnaissance phonique. Les petits jeux exercés ne peuvent être pratiqués en autonomie de ce fait : il faut une interaction, comme dans le jeu de "cache-cache" que nous pratiquons beaucoup, dans lequel je demande à Antonin de trouver dans la pièce telle ou telle lettre que je prononce. De même, je peux lui demander de prendre le cailloux sur lequel il voit un [i] pour de le poser sur la carte [i] correspondante.

Les minuscules sont les caractères que l'on lit... Alors, quoi de mieux que de les apprendre en lisant ? Je soupçonnais qu'Antonin puisse déchifrer des syllabes, car il est capable, en contexte, de déchiffrer des mots simples écrits en capitale (tel que "MIDI", par exemple). Je lui propose donc, sur notre ardoise magique, des petits jeux de lecture de syllabes avec les lettres qu'il connait. Il maitrise à la perfection, je crois qu'il ne s'est jamais trompé ! :-o


Je profite de cette grande nouvelle pour tordre le cou à une idée couramment répandue - et que j'avais moi-même en entrant dans le métier. Petit H., toi qui dois maintenant être grand - et lecteur ! - j'espère que tu m'a pardonnée ! :-(

Pour apprendre à lire, n'est-ce pas, tout le monde le sait, c'est très simple. On apprend la valeur phonique des lettres et on les enchaine. [b] - [a], [ba], c'est bien connu.

Et l'adulte transpire, agite les bras et brasse beaucoup d'air : "Enfin, Petit H. ! Tu sais bien bien : [b] et [a] ? Ça fait quoi ? [b], [a] ? Enfin ! Enchaine ! Dis-le... Dis-le... Dis-le vite !!!"

Dis-le vite. Quelle bêtise. Dites [b] puis [a] aussi vite que vous le voudrez, vous n'obtiendrez jamais "ba". Tout au plus quelque chose qui y ressemble, mais il y aura toujours un petit quelque chose entre les deux phonèmes, comme un petit silence, un bruit de bulle qui explose. Qui n'existe pas dans la syllabe. Une syllabe, ce n'est pas deux sons que l'on dit vite, c'est un tout. C'est UN bruit, UNE note, ou ce que vous voulez, mais pas deux.

La syllabe, l'enfant y accède seul. Comme à chaque fois qu'il apprend, personne ne peut le faire à sa place. On peux l'ancrer dans notre monde et dans notre langue, lui parler, lui lire des histoires, exercer son oreille, lui apprendre la valeur phonologique que notre culture a attribué aux lettres... Mais lire une syllabe, cela, l'enfant l'apprendra tout seul, quand il le décidera.


Bref, ici, Antonin est entré de plain pied dans le stade syllabique. Je ne sais pas au juste quand cela s'est fait - cela a été très progressif, mais maintenant, il peut lire toute syllabe "transparente" de deux lettres dont il connait les signes.


Et pourtant l'en-tête de ce sous-chapitre ne vous aura pas échappé : nous sommes encore dans la "pré-lecture". Il manque encore au Damoiseau quelque chose de capital pour endosser définitivement une posture de lecteur : c'est la volonté de créer du sens. Il manipule avec beaucoup de plaisir son alphabet mobile ; il adore taper des suites de lettres sur traitement de texte et s'exercer à les lire (surtout si c'est "BGTHMLJZ"). Mais il se contrefiche d'essayer d'écrire tel ou tel mot - à tel point que je ne le lui propose plus du tout.

Le déclic suivant viendra de lui seul, bien évidemment. Et vu le temps quotidien qu'il passe dans ses bouquins, je ne m'inquiète pas trop ! :-D

Bon week-end chez vous et à bientôt pour le volet "Vie pratique" ! :-)

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