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mercredi 7 janvier 2015

Dessin, les différents stades

Ceci n'est pas un Cocteau... ;-)

Le dessin chez l'enfant, les différents stades :

Stade 1 : Le griffonnage (18 mois - 2 ans et demi)

Antonin, crayons de cire, avril 2012.

C'est l'étape de ce qu'on appelle, assez injustement, les "griboullis" - assez injustement, dis-je, parce que ces premières traces sont loin d'être informes. Certes, l'enfant est alors complètement orienté vers le processus (le pouvoir neuf de laisser une trace !) et ne se préoccupe pas du tout du résultat accidentel. Certains petits sont tellement dans le plaisir tactile, qu'ils ne regardent même pas le papier en dessinant ! La jouissance est dans le geste qui explore la page. C'est le bon moment pour  proposer des outils variés - feutres, crayons, pastels gras, stylos... sans oublier la peinture ! Certains enfants préfèrent alors travailler avec leurs doigts, d'autres rechignent à se salir. Pensez à la peinture à balles !

C'est l'époque des joyeux mélanges qui se terminent irrémédiablement en flaques marronnasses... Gardez quand même quelques-uns de ces chefs-d'œuvre, ils vous feront verser des larmes dans quinze ans. Et n'oubliez pas que les artistes les plus prestigieux donneraient cher pour retrouver, à l'âge adulte, la fraicheur de ce geste purement créateur, dépouillé de toute vision du produit fini...

2. Premiers graphismes (2 ans/2 ans et demi - 4 ans)


Antonin, feutres et pastels, janvier 2014.


La deuxième étape est l'apparition des formes rondes (cercles, spirales) : l'enfant commence à maitriser son geste. Ce mouvement de la main est naturel, souple, et agréable. Au fil des mois, d'autres actions mécaniques de ce type apparaissent, selon un ordre et une variété diverses selon les enfants : zébrures, petits points, aplats...

À ce stade, certains enfants commencent à nommer leurs dessins : "C'est un chien". Bon, la même trace peut être désignée comme étant autre chose deux minutes plus tard : "C'est Maman !". ;-)

3. Le pré-symbolique (3-4 ans)

"Ver de terre qui pleure", Antonin,
aquarelle, décembre 2014.

La tendance amorcée à l'étape précédente s'affirme : les enfants identifient des objets ou des êtres dans les traces qu'ils produisent. Mais ce n'est qu'après coup qu'ils établissent une ressemblance entre leur dessin et quelque chose qu'ils connaissent. L'idée finale ne guide pas encore leur geste. Les mêmes objets reviennent souvent : Papa ou Maman, bestioles, soleil, maison, arc-en-ciel... Petit à petit, il devient important pour l'enfant que son dessin SOIT quelque chose. Et il est tout aussi important de le dire, pour donner corps ainsi à ce que l'imagination projette - selon un processus qui n'est pas sans rappeler le test des traces d'encre abstraites utilisé par les psychologues.

L'enfant prend conscience, non sans fierté, de son pouvoir créateur : faire naitre quelque chose qui n'existait pas. C'est le moment de prendre en note les commentaires et les "titres" dont vos enfants dotent leurs œuvres. À ce stade, le plaisir de dessiner prend un sens tout à nouveau, et cette activité peut devenir chez certains enfants une grande passion qui les tiendra jusqu'à l'adolescence.

4. Les bonhommes (+ ou - 4 ans)

Bonhomme, Louiselle, feutres, novembre 2016

C'est l'apparition tant (trop ?) attendue des "bonhommes-têtards" - des cercles dans lequel quelques traits (bras et jambes) sont fichés directement, parfois pourvus d'yeux.

Très vite, ces figures humaines se dotent de visages, de mains, voire d'orteils ! - le corps apparait plus tard. Les personnages sont dessinés de face, et généralement pourvu de larges sourires. Il est très amusant de voir quels détails l'enfant retient du schéma corporel - pour certains les oreilles sont d'une importance capitale, pour d'autre, c'est le nombril... De même les proportions fantaisistes (tête énorme...) symbolisent l'importance de certaines parties : l'enfant mange, parle, voit, respire... avec sa tête, non ?

Ces dessins-là sont si attendrissant qu'on regrette presque , en tant que parents, que le tronc apparaisse et que le schèma corporel devienne plus cohérent... :-D

Les couleurs sont choisies selon des voies très personnelles ; l'enfant n'essaie pas de reproduire le réel, et ne verra aucune difficultés à dessiner Papa en vert et bleu. Les membres peuvent être "éclatés" et parsemés sur toute la page, ou orientés de manière désordonnée. Ne concluez surtout pas à un déséquilibre psychique : l'enfant ne sait pas reproduire un objet de l'espace dans ses trois dimensions sur un plan. Il fait ce qu'a fait George Braque : il fait éclater l'objet en volume pour le représenter "à plat". Car dans la vraie vie, toutes les faces d'un objet co-existent, et nous en avons des perceptions simultanées.

Certains enfants se dessinent eux-mêmes. Généralement en gros. En très gros. Au centre de la page. Il n'est pas rare qu'après une courte phase de recherche, ils restent fidèle à une représentation d'eux-mêmes, et refassent indéfiniment ce qui peut sembler être "le même" dessin. C'est excellent, l'art aide l'enfant à se définir et à construire une image de soi.

5. Le schématisme (5/7 ans - 9 ans)

Paysage, Antonin, feutres, novembre 2016

Les images commencent à se poser sur une base parallèle au bord de la feuille. Le monde s'organise, et se peuple de maisons, de familles, de voitures, de motos, de fleurs et d'arbres. Les dessins de ce stade ont quelque chose d'un peu stéréotypés ; l'enfant est orienté par "ce qu"il sait" plus que par "ce qu'il sent". Fini la recherche insconsciente sur l'échelle ou la perspective. L'enfant a besoin, à ce stade, de s'appuyer sur ce qu'il connait - ou croit connaître.  Encore une fois, c'est une très bonne chose : c'est le signe que l'enfant a développé une représentation du monde solide et qu'il cherche à la modéliser.

Les personnages des dessins deviennent réalistes. Les bras et les jambes ne sont plus de simples bâtons mais des formes pleines. Ils se dotent d'intention, le mouvement est représenté : les corps courent, sautent, tapent dans un ballon. Les adultes peuvent encore avoir de longues jambes, mais c'est vraiment ainsi que les enfants nous voient !

Les maisons et les personnages ne flottent plus sur la page. Ils sont ancrés au sol sur une ligne de base - le sol - sur lesquel ils s'alignent comme à l'horizon. Le désir de raconter des histoires voit le jour. Certains enfants peuvent constituer plusieurs lignes sur une même page pour montrer la distance ou la profondeur. D'autres peuvent fragmenter leur feuilles en différents cadres, un peu comme sur une bande-dessinée, pour mettre en scène une séquence d'actions successives.

6. Le réalisme (8 - 10 ans)

La perspective (profondeur, distance) apparaît, ainsi qu'un réel souci de proportionnalité. Les ombres font leur apparition, les visages humains se dotent d'expressions distinctes. Les couleurs sont utilisées pour représenter fidèlement l'environnement et les personnages de dessins animés ou les super-héros favoris s'invitent largement dans les productions enfantines. Les dessins semblent perdre en force et en spontanéité, mais il n'en est rien ; c'est là le signe que l'enfant s'auto-critique, se soucie du regard de ses pairs et a à cœur d'avoir sa place "dans la meute". Rien de plus sain ! 

Plus que jamais bien sûr, on veillera à ne pas faire de remarques négatives sur les travaux de l'enfant et à ne pas comparer ses œuvres à celles des autres... Évidemment ! On peut aussi inviter l'enfant à enrichir son répertoire en mettant à sa disposition des matériaux variés, car à cet âge, il n'y a pas un seul matériel "de pro" qui ne puisse être proposé, même dans un cadre collectif. C'est aussi le moment de débuter l'instruction des techniques artistiques (perspectives, portrait, ombres...).

7. La crise du développement artistique (12 - 16 ans)

Nombreux sont les enfants qui arrêtent de dessiner du jour au lendemain, au début de la pré-adolescence. L'adulte a une part de responsabilité énorme dans cet abandon - soit qu'il n'ait pas assez valorisé cette discipline, qu'il ait arrêté de considérer les dessins de son enfant, voire, qu'il ait critiqué des productions... Certains enfants décident que "ce n'est pas pour eux", qu'ils ne sont pas "bon à créer", perdent confiance et plaisir, et stoppent toute activité - au moins pour un temps. Les enfants qui ont capitalisé un certain nombre de compétences plastiques et qui ont été inconditionnellement encouragés tout au long de leur enfance traversent cette phase mieux que les autres...

Si la flamme semble complètement éteinte, on peut essayer de proposer d'autres médias à l'adolescent. Il est réfractaire à suivre un cours d'art "juste-pour-voir-et-qui n'engage-à-rien" ? Peut-être sera-t-il plus ouvert à la poterie, à la taille de pierre, à la couture ou à la soudure de sculpture en métal... Il entame en tous cas une période de sa vie dans laquelle une pratique artistique, quelle qu'elle soit, sera un soutien certain.

Et vous, depuis combien de temps n'avez-vous pas dessiné ? :-)

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