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lundi 19 janvier 2015

Cinq séances musicales pour petits et grands

"La musique est un exercice caché d'arithmétique, 
l'esprit n'ayant pas conscience qu'il est en train de compter"
Leibniz.


L'éducation musicale un sujet qui fait couler de l'encre dans la sphère montessorienne, car il faut le dire crûment : l'approche montessorienne sous-estime honteusement la musique (et les arts en général) pour laquelle il est très difficile de trouver un cursus qui ait la rigueur mêlée de souplesse caractéristique de cette merveilleuse pédagogie. Des équipes d'éducateurs s'y emploient pourtant - surtout outre-Altantique - mais leurs travaux sont encore mal connus, et personne n'a songé pour le moment à les traduire en français... Avis aux amateurs ! :-)

Il faut ajouter à ce handicap un autre élement majeur : l'éducateur se trouve généralement tout un tas de bonnes raisons pour ne pas aborder l'enseignement musical, la plus récurrente se trouvant être : "Ah mais moi, je ne suis pas musicien !". Il y a dans ce raisonnement un vice logique doublé d'une croyance aussi erronée qu'indéboulonnable. C'est un peu comme si on disait : "Oh, mais je ne suis pas écrivain, je ne peux pas lire d'histoires à mon enfant/élève !" ou "Oh mais je ne suis pas artiste/mathématicien/sportif, alors, ici, on ne dessine pas, on ne compte pas, on ne bouge pas...", etc.

Aucun enseignant ne songerait à refuser à un enfant un apprentissage en français ou en mathématiques, et se met en devoir, s'il n'est pas à l'aise avec ces matières, de se documenter et de progresser. Pourquoi s'autorise-t-il alors parfois à mettre de côté l'enseignement des arts, sous pretexte qu'il ne s'y sent pas compétent !? Il n'y a pourtant pas de hiérachie des savoirs !!

La hantise des évaluations qui crispe l'école depuis 2008 a centré les apprentissages fondamentaux sur le français et les mathématiques - et a du même coup chassé des murs des classes des matières plus nébuleuses, qu'on a bien du mal à faire entrer dans nos petites cases ; les arts en tous genres sont les premiers sacrifiés... Face à cette situation, il me semble primordial que les éducateurs résistants (oui, vous, là, VOUS !), œuvrant dans un cadre domestique ou scolaire, placent en vedette ces enseignements capitaux.

Capitale, la musique ? Oui. Et très "scolaire" aussi, puisque son exercice développe la concentration, les compétences mathématiques de haute volée, la capacité d'écoute, l'auto-discipline et la coopération, la maitrise de la langue, la compréhension que l'enfant a de sa propre compétence ("Je sais que je sais, et je sais ce que je sais"), la créativité, le repérage spatio-temporel, la capacité d'abstraction, la coordination motrice...

Bien sûr, j'en oublie. Et surtout, je ne pourrais jamais décrire le plus important - car ce que la musique apporte est de l'ordre de l'intime. Comme la littérature, elle nous aide à vivre, à affronter les épreuves et à savourer nos joies. La musique, c'est quelque chose qui nous relie aux hommes et au monde.  Je vous le dis : c'est une expérience CAPITALE.

La question de fond pour moi en ce moment est la suivante : pas question de consacrer une ou deux séances de musique par semaine. Primo parce que c'est trop peu. Deuxio parce qu'à la maison, on n'est pas à l'école. Tertio parce que cela "coupe" l'enseignement musical du flux de la vie, dont il devrait faire partie... Je suis donc en recherche sur la place de la musique sous notre toit, même si j'ai déjà quelques pistes - si vous voulez tout savoir, chez nous, on a le droit de chanter à table ! :-D

Voici donc aujourd'hui, en écho à cet article, cinq activités musicales pour tous les âges - du très, très, très facile à mettre en oeuvre, croyez-moi, si je peux le faire, vous le pouvez aussi !

Ah, parce qu'au fait : je ne suis pas musicienne... Et alors ? :-)

1. Produire des vibrations

Désacralisons l'enseignement musical !

Un son, c'est un phénomène physique simplissime : bougez, vous générez du bruit. Un son, c'est une sensation induite par de l'air qui se froisse - il ne faut pas hésiter à introduire cette définition "scientifique" dès le plus jeune âge. Lancez des cailloux dans l'eau et observez les ondes produites, qui symboliseront les ondes acoustiques. Soufflez "comme le vent" - dans une bouteille ou devant vous. Faites vibrer une règle en plastique dont vous maintenez l'extrémité contre une table. Ou faites comme la Damoiselle :


Ça marche. La vibration de la ficelle est visible - et audible. Les vibrations se répercutent dans les mâchoires, la tête et le corps tout entier. Voilà une entrée en musique très physique, et archi-concrète !

2. Danser avec un arc-en-ciel


Danser n'est pas si simple qu'il n'y parait, et nous le savons, bien sûr, nous qui dansons... tout le temps, n'est-ce pas ? ;-)


En danse comme dans les autres apprentissages, je trouve la médiation du matériel absolument primordiale. Demandez à un enfant de danser, et ce sera sans doute le blocage total. Soufflez des bulles de savon, lancez des ballons de baudruches, et le corps se mettra en mouvement naturellement, dans des gestes dotés d'intentions qu'il suffira plus tard (à partir de 5 ans) d'inventorier et de travailler pour construire un langage corporel visant la communication.


Les anneaux Waldorf font partie de ces objets inducteurs que j'affectionne particulièrement. Je voulais vous en reparler aujourd'hui parce que je sais à présent comment les confectionner au mieux :

- Prévoyez 6 à 7 couleurs maximum par anneau - les couleurs de l'arc-en-ciel sont du plus bel effet et, oh ! Que c'est Waldorf !! :-D
- Voyez large : pour une paire d'anneaux, 4 mètres de ruban de chaque couleur. Qui, divisés par deux, puis encore par deux (puisque pliés), vous donnera une longueur d'un mètre environ : c'est très bien !
- Glissez par-ci par-là quelques minis-grelots dans vos rubans. Voilà encore un excellent générateur de mouvements : le son produit ! Les miens viennent des colliers de quelques lapins de Pâques que j'avais précieusement gardés depuis le printemps dernier... en attendant de savoir ce que j'allais en faire !
- Si vous n'êtes pas experte en noeuds marins, fixez les vôtres par quelques points de colle. Sans quoi, ça glisse, ça se défait, c'est très pénible.
- Brûler les extrémités des rubans pour éviter qu'ils ne s'effilochent.

Enjoy !

3. Classer des instruments


Encore une petite séance simple comme bonjour : les enfants trient les instruments en familles (cordes, vent et percussions) et intégrent le vocabulaire lié. 

J'ai imprimé trois petites photos (téléchargeables ICI) illustrant le geste effectué par le musicien pour produire le son : "pincer", "souffler", "frapper". Nous les avons observé - Antonin a su nommer ces trois actions sans aucune difficulté. Je fournis alors le vocabulaire que je répéterai à chaque occasion tout au long de la séance - et qui n'est pas, il faut l'avouer, tout à fait étranger aux enfants : "instrument à cordes", "instrument à vent", "instrument de percussion".

Les enfants trient ensuite, de manière sensorielle, un lot d'instruments mis à leur disposition : il s'agit de faire sonner chacun et d'essayer de décrire le plus précisément possible le geste effectué : "gratter", "frapper", "secouer"... On dispose chaque famille sur un tapis différent, à côté de la carte correspondante.


L'exercice est parfois un peu difficile pour Louiselle - qui peut perdre l'objectif de vue face au plaisir de jouer - mais ne lui passe pas au dessus de la tête, loin de là ! Il correspond tout à fait aux compétences d'Antonin, qui le mène à bien avec plaisir et presque sans hésitation - même s'il y a des pièges !

Il est primordial de proposer à ce stade des intruments véritables : la production de sons permet de corriger d'éventuelles erreurs. Si vous n'en avez pas, fabriquez-les ! Vous trouverez plein d'idées simples sur Internet !

4. Jouer du xyl'eau


La hauteur des notes est ici concrétisée par le niveau de l'eau colorée dans les verres. Bien sûr, vous n'obtiendrez pas les notes caratéristiques de l'échelle occidentale (do, ré, mi et compagnie), mais peu importe, ou plutôt : tant mieux ! L'exercice n'en est que plus intéressant, je trouve, et les enfants assez grands peuvent se charger de remplir eux-mêmes les verres selon le rapport mathématiques de leur choix et écouter le résultat de cet exercice sur les fractions... concrètes !


Fournissez une petite mailloche de métallophone, et invitez l'enfant à procéder son exploration avec des gestes doux.


Je trouvais important de garder la même couleur de colorant pour chaque verre : les enfants ont tant de ces instruments "pour enfant" qui distinguent chaque note d'une couleur différente... Le son produit n'est pas fonction de la couleur, mais de la longueur de la lame, la grosseur et la tension de la corde... ou de la quantité d'eau... La fréquence se fait ici visible, on peut ranger les verres en les graduant, ce qui n'est pas sans rappeler un certain matériel d'apprentissage des mathématiques, n'est-ce pas ? ;-)

5. Raconter une histoire

Attention, coup de cœur : j'ai récemment découvert Le jardin des sons d'Agnès Matthys, et je dois dire que je suis tombée sous le charme de ce très bel album, qui propose un répertoire de 30 comptines à sonoriser. L'ouvrage est accessible aux plus néophytes, il est complet, clair et précis ; il est empreint d'une poèsie profonde et laisse à l'éducateur - et aux enfants ! - une liberté maximale quant à l'interprétation.

Les histoires sont classées par tranches d'âge (de 0 à 6 ans), et l'introduction donne des pistes concrètes sur la mise en œuvre : cadre, phases préparatoires, rôle de l'animateur, déroulement des séances et choix des instruments. Voici à titre d'exemple la première comptine proposée, qui se trouve être la variante d'un classique de la maisonnée, dont je vous avais déjà parlé ici.


La première fois, j'ai raconté l'histoire aux enfants en l'illustrant moi-même selon les instructions. Je leur ai ensuite proposé d'orchestrer - chacun s'est alors chargé d'un instrument (je faisais le narrateur...), et ils échangeaient les rôles chat/souris de temps à autre.

Pour moi, je dois dire que c'est l'ouvrage qui me manquait, et qui opère la transition entre les jeux de doigts, que nous pratiquons depuis longtemps, et les histoires sonorisées par les enfants eux -mêmes, pour lesquelles nous devons attendre encore un peu... C'est une manière simple, ludique et éducative de surprendre et de séduire l'enfant, de l'ancrer dans une première culture littéraire et musicale, d'établir un dialogue, de l'amener à explorer les objets sonores, leurs matières et leurs résonnances, leurs formes et leurs bruits. Et c'est en plus un très bel album de comptines superbement illustré, qui plait beaucoup ! :-)

Belles séances musicales chez vous ! ;-)

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